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[Critique] Aquaman : Le triomphe de DC

[Critique] Aquaman : Le triomphe de DC

Ma relation avec les Worlds of DC me paraît relativement commune. Évidemment, chacun aura ses préférences et appréciera plus ou moins les films que je considère comme bons tout comme ceux que je juge mauvais. Quoi qu’il en soit, il me semble judicieux d’introduire cette critique par un bref retour sur mon ressenti face aux films estampillés Worlds of DC. J’ai été subjugué par Man of Steel. J’ai aussi vraiment apprécié Batman V Superman et ce, dans sa version cinéma ! Je dispose de la version longue que je n’ai pas encore vu mais le cut cinéma m’a paru suffisamment convaincant pour fournir une histoire consistante mais pas indigeste. Le travail de Zack Snyder autour des héros DC me convenait totalement et proposait une alternative plus sombre et plus mature au Marvel Cinematic Universe de l’époque, qui s’est d’ailleurs un minimum assagi depuis selon moi. Puis vint le décrié Suicide Squad de David Ayer. Sans pour autant être un bon film, il contient en son sein quelques moments appréciables et d’idées bienvenues. Même si Will Smith et Margot Robbie volaient la vedette au reste de l’équipe, chaque membre a eu le droit à son petit moment de gloire, notamment le personnage de Diablo bien plus développé que le reste des personnages de l’équipe sans compter Deadshot et Harley Quinn.
Warner Bros a visiblement souhaité instaurer une rupture de ton avec la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan, ayant initié cette approche réaliste, sombre des super-héros, et avec les films de Snyder. Cette légèreté a sûrement été pensée comme un moyen d’attirer les foules autant que les films Marvel Studios. Mais voilà, après les deux long-métrages de Zack Snyder, force est de constater que quelque chose fonctionne moins, que la magie n’opère plus avec la même efficacité. Cette réflexion s’est confirmée avec le film Wonder Woman que j’ai trouvé très lent, très niais et même très laid lors de son affrontement final. Malgré les louanges quasiment unanimes autour du film de Patty Jenkins, je me suis retrouvé terriblement déçu en le visionnant. Même en ayant pleinement confiance en Gal Gadot, le caractère naïf et crédule de son personnage m’a ennuyé. Bien que je le place tout de même au-dessus de Suicide Squad dans mon classement personnel, Wonder Woman a été ma plus grande déception concernant les films DC et l’un de ceux que j’apprécie le moins. La bande-annonce d’Aquaman me laissait penser que j’allais assister à un film similaire dopé en tout points. Un long-métrage avec plus d’humour inefficace, plus d’effets spéciaux nauséabonds, plus de péripéties longuettes, bref, j’avais peur de le voir. En vérité, je ne voulais pas voir le film de James Wan malgré son excellent casting. La désillusion vécue face à Wonder Woman et le fiasco Justice League ne m’aidaient pas à passer outre mes a priori. Finalement, je me suis tout de même rendu en salles pour voir Aquaman, avec l’intime espoir d’être agréablement surpris, de voir s’infirmer les craintes que j’avais vis-à-vis de lui. Pour terminer cette rétrospective personnelle concernant les films de l’univers cinématographique partagé de DC, autant vous le dire d’emblée : Je m’étais lourdement trompé sur Aquaman, pour mon plus grand bonheur.

Pour cette critique, je vais désamorcer une par une mes inquiétudes qui étaient au bout du compte infondées. Premièrement, parlons des qualités plastiques, visuelles du long-métrage. Je m’attendais à voir une bouillie numérique indigeste à l’instar du combat final de Wonder Woman face à un Arès plus moustachu que jamais. Mais que nenni. Aquaman fourmille de plans ahurissants de détails, notamment la première scène du film composée de la rencontre entre Tom Curry et Atlanna. Le plan d’ensemble où le gardien de phare court pour sauver la souveraine naufragée sous la pluie est époustouflant et m’a, dès les premières minutes, rassuré sur le film que j’allais découvrir pendant plus de deux heures. Les décors aquatiques profitent d’un soin tout particulier, les rendant immédiatement imposants et convaincants. Les scènes de combat représentent, pour moi, les meilleures passages du film car c’est dans celles-ci que James Wan dévoile toute sa créativité et son inventivité. Le double combat en Sicile fait partie des plus ingénieux et des plus plaisants du film, avec la bonne idée de passer d’un affrontement à l’autre grâce à des plans au-dessus de l’action. J’ai même été surpris de l’utilisation de plans subjectifs au beau milieu de certains combats. Lorsqu’Arthur attrape l’arme d’un pirate et tournoie avec lui pour le neutraliser, le spectateur se retrouve comme plongé dans les yeux des assaillants. James Wan emploient ces plans ingénieux notamment pour renforcer l’intensité des combats et l’impact des coups et des tirs effectués durant ceux-ci.

Pendant une longue partie du film, la caméra lie la terre et la mer, en passant d’un élément à un autre dans un même plan. Ces transitions naturelles, fluides me semblent très justes car elles représentent le but ultime des parents d’Arthur Curry : faire cohabiter en paix les peuples terriens et marins. L’appareil passe de l’un à l’autre sans distinction et donne à voir au spectateur les spécificités de chaque monde. Même si cet aspect disparaît au fil du long-métrage, au fur et à mesure que la paix entre terre et mer semble de plus en plus compromise, voire impossible après les attaques d’Orm. En parlant du demi-frère d’Aquaman, j’en profite pour souligner la réussite du film consistant à proposer des antagonistes intéressants ! Et oui, bien loin d’une trop grande majorités de méchants Marvel ou de l’insipide Steppenwolf de Justice League, le long-métrage réalisé par James Wan propose deux ennemis pour le prix d’un et les caractérise suffisamment pour qu’ils ne soient pas juste des méchants méchants pleins de méchanceté par passion. Bien qu’Ocean Master m’a semblé un peu lisse, il reste un bon dictateur et un adversaire de taille face à un Arthur Curry inexpérimenté. Cependant, le second méchant m’a bien plus intéressé et captivé. Lui aussi est bien connu des lecteurs de comics sur Aquaman puisqu’il s’agit de Black Manta, motivé à tuer la personne mi-homme mi-atlante qu’il considère comme l’assassin de son père. Les antagonistes d’Aquaman constituent de vrais obstacles pour l’objectif du héros marin.

Pour parvenir à remporter cette incontournable lutte du bien contre le mal, Arthur se doit de retrouver le trident du Roi Atlan. Vous pouvez probablement vous en rendre compte, mais l’histoire du film est riche et articule correctement ses différentes intrigues. Elle ne se contente pas de raconter le passage d’Arthur Curry de civil reniant ses origines au super-héros que l’on connaît. Cette origin story s’intéresse aussi à la constellation de personnages proches d’Aquaman et à plusieurs parties de son enfance, là où la plupart préfère se concentrer uniquement sur l’événement marquant irrémédiablement la naissance d’un héros. Ce dernier se produit aussi dans le film et occupe une majeure partie du récit, mais se permet tout de même d’explorer différentes périodes de la vie de notre héros.

Ainsi, les événements ne donnent pas la désagréable impression de survenir d’une pirouette scénaristique fainéante bien que des explosions fracassantes viennent à plusieurs reprises ravager des scènes calmes au profit de déferlements de mandales. Ces transitions brutales se justifient, mais la réutilisation de ce procédé dans le film m’a surpris la première fois puis un peu lassé par la suite.

Cette odyssée amène Arthur et le spectateur à voyager dans différentes contrées terrestres et sous-marines. En revanche, j’ai trouvé la scène dans le désert du Sahara en deçà du reste du film. Pour moi, elle dénote pour deux raisons. La première, et la plus significative, se révèle être l’abondance d’humour inefficace dont s’était un peu épargné le long-métrage jusqu’ici. Le langage outrancier d’Arthur peut faire sourire par moments, moi le premier. Cependant, l’enchaînement de blagues reposant uniquement sur la vulgarité de ce personnage s’essouffle rapidement et peine à décrocher ne serait-ce qu’un souffle du nez. La seconde n’est autre que le remix honteux d’Africa de Toto par Pitbull. Les acteurs, les techniciens et même le réalisateur lui-même ne sont sûrement pas responsables de la présence, même minime, de cet affront musical dans cette scène, mais c’est non. Juste non.

Mon désarroi causé par Mister Worldwide étant exprimé, revenons sur le ton du film. Le film se prend très au sérieux et ne tombe pas dans le piège d’user d’autodérision pour parler d’un super-héros malaimé du grand public, dont le seul pouvoir semble être de parler aux poissons pour les néophytes. Arthur détend l’atmosphère avec son langage trivial et que le film se permet parfois quelques scènes humoristiques digne des gags les plus lourds de Thor Ragnarok. Dans la grande majorité des cas, les blagues peinent à convaincre dans le film. Heureusement, ce dernier en contient finalement peu et sont dosées avec parcimonie. L’aventure d’Aquaman et de Mera s’assume simplement, sans pour autant être un film sombre ou souhaitant à tout prix être drôle. Aquaman s’essaye à quelques reprises à l’humour qui fait le sel de certains succès de Marvel Studios, mais suit surtout son objectif premier de narrer un périple épique pour stopper la guerre imminente entre mer et terre. Le film est donc bien plus fourni et captivant que je ne l’aurais imaginé face à sa bande-annonce.

Dans un souci de clarté, un titre se superpose à l’image pour définir la ville, le lieu où se trouvent Arthur et Mera. Si j’évoque ce détail anecdotique, c’est que leur utilisation m’a par instants surpris. Là où les films Marvel, Captain America Civil War par exemple, mettent en place un procédé similaire sur des plans de coupe, montrant des éléments dispensables au développement de l’intrigue, les indications spatio-temporelles d’Aquaman sont parfois placées au milieu de scènes de tension, quitte à détourner l’attention du spectateur par le jaune appliqué à ces notes.

J’évoquais le duo de protagonistes juste au-dessus : Arthur et Mera, une atlante. Leur relation, entre taquinerie et union pour la survie du monde terrestre, fonctionne convenablement. Elle ne brille pas par sa singularité, mais a le mérite d’évoluer efficacement. Heureusement, les autres personnages ne sont pas en reste. J’ai déjà parlé d’Orm et de Black Manta, les deux antagonistes véritablement menaçants, mais le Roi Nereus, allié d’Orm et père de Mera, se présente lui aussi comme un fervent partisan d’une guerre des mondes malgré sa position supposée de diplomate. Incarné par un Dolph Lundgren méconnaissable, entendez par là que je ne l’avais pas reconnu dans le film, ce souverain civilisé et pacifique se révèle être avide de conquête et de bataille.

Vulko, officiant en tant que conseiller d’Orm et de maître pour Arthur, se voit bien développé au fil du film. On comprend ses motivations à entraîner l’enfant illégitime de sa souveraine disparue tout en semblant fidèle à Orm. De plus, ce rôle, bien que secondaire, donne l’opportunité à Willem Dafoe de s’illustrer dans un rôle autre de celui du méchant fou ! Enfin, Mera se présente comme un personnage fort et combattif. Elle est un allié indispensable à l’aboutissement du destin d’Arthur. Là encore, j’ai été surpris de voir tant de personnages intéressants, interprétés par un casting prestigieux et persuasif, quand je pensais retrouver des personnages peu attrayants comme dans Wonder Woman.

Bien que j’ai été rebuté par la bande-annonce du film, Aquaman m’a démontré à quel point j’avais tort sur son compte. Le film propose une aventure dense, portée par des acteurs percutants et par une ambiance globalement sérieuse. Même si le long-métrage se permet quelques entorses avec des scénettes comiques assez peu efficaces, l’histoire qui y est racontée s’assume avec maturité. James Wan trouve avec ce film un compromis entre l’humour parfois abusif de certains films du Marvel Cinematic Universe et l’atmosphère sombre typique des premiers films Worlds of DC qui a depuis fait l’objet de bien des moqueries. L’épopée à l’origine de la métamorphose du simple Arthur Curry en Aquaman est soutenue par une bande originale somptueuse dont les sonorités m’ont rappelé l’émotion et le côté épique de celle de Tron Legacy. L’omniprésence d’effets spéciaux, indigeste dans la scène finale de Wonder Woman, brille ici par la maîtrise technique déployée, les rendant ainsi plaisants et époustouflants. Et même s’il n’est pas exempt de défauts en plus d’être indirectement responsable de l’existence de l’effroyable version d’Africa par Toto, Aquaman se hisse parmi les meilleurs films super-héroïques de 2018, derrière Spider-Man : Into the Spider-Verse et Avengers : Infinity War selon moi, en plus de réussir le pari ambitieux de réhabiliter auprès du grand public un personnage trop souvent raillé. Le milliard de dollars au box-office que le film a pu amasser en est la preuve formelle : Aquaman n’est plus qu’un blondinet au costume saillant parlant à la faune marine dans l’imaginaire collectif.

J’espère que cette (très) longue critique vous aura plu ! Comme celle de Mortal Engines, j’aurais souhaité la publier peu de temps après ma découverte du film. Vous aurez peut-être remarqué que je n’évoque pas l’aspect adaptation du film. En effet, je ne connais que très peu le personnage et je n’ai donc pas voulu me risquer à annoncer si le film est respectueux ou non du matériau d’origine (bien qu’il me semble l’être profondément). De ce fait, pour en apprendre plus si vous êtes dans le même cas que moi, je vous invite à lire cet article de Zephiranth qui revient sur Aquaman à l’occasion de L’Atelier Comics de Noël. Néanmoins, j’avais tout de même un tas de choses à vous dire sur lui, d’autant plus que je partais méfiant ! Sur ce, je dis à bientôt pour de nouveaux articles. 😉

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