[Critique] Casse-Noisette et les Quatre Royaumes

[Critique] Casse-Noisette et les Quatre Royaumes

Ce serait un euphémisme assez affligeant que de dire que Disney représente l’un des plus grands empires du divertissement. De ce fait, la firme brasse allègrement des milliards de dollars, et peut se permettre d’explorer des pistes cinématographiques qui ne se révèleront pas forcément rentables. Étonnamment, les décisionnaires du groupe doivent être eux-mêmes conscients du probable échec commercial de certaines de leurs productions. Ces films “naufrages” peuvent même se déceler assez facilement au sein du raz-de-marée cinématographique du studio aux grandes oreilles. Cependant, les raisons de certains échecs commerciaux me paraissent bien obscures. Notons par exemple le regretté A la poursuite de demain par le grand Brad Bird (Le Géant de FerLes Indestructibles, quand même !) en 2015 et Un raccourci dans le temps dont l’échec commercial a été assez cuisant puisque le film est à peine rentré dans ses frais. Par souci de transparence, je tiens à signaler que je n’ai pas vu lesdits films mais tout de même, les projets paraissaient relativement intrigants et Brad Bird, BRAD BIRD !

Le film dont je compte vous parler aujourd’hui fait partie, selon moi, de ces projets créatifs que Disney rend possible tout en minimisant les risques financiers. Casse-Noisette et les Quatre Royaumes semble se présenter comme une suite au roman de E.T.A. Hoffman, et s’inspire très clairement du ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski, lui-même adapté de la version de Casse-Noisette d’Alexandre Dumas. Vous suivez ? Très bien, on continue alors. Dans le film du relativement inconnu Lasse Hallström (Hatchi) et du bien plus connu Joe Johnston (Jumanji avec Robin Williams, WolfmanCaptain America : The First Avenger), nous suivons Clara Stahlbaum, la fille de Marie Stahlbaum, l’héroïne du roman originel, à travers son voyage dans les Quatre Royaumes grâce au mystérieux cadeau de son parrain Drosselmeyer. Elle y découvre un monde enchanteur, autrefois visité par sa défunte mère.

Étant conscient de cette prise de risque minime de la part de Disney envers cette réadaptation ou suite de Casse-Noisette, je n’en attendais pas grand chose. Pourtant, des points insoupçonnés ont retenu mon attention dans ce long-métrage. L’importance donnée à la musique m’a captivé : c’est elle qui rythme les scènes et les émotions des personnages par ses fluctuations, ses changements de rythme et de tonalité. La bande-originale fait véritablement avancer l’action par ses variations. Ce parti-pris semble finalement assez logique puisque l’on parle d’un film puisant son essence dans un ballet. La danse occupe d’ailleurs une place bien plus importante que je n’aurais pu l’imaginer dans le long-métrage. Déjà très présente avant que l’intrigue ne soit véritablement lancée, elle se retrouve au cœur d’une scène venant mettre en pause  l’action. Un plan qu’on croirait sorti tout droit de Fantasia ouvre cette séquence de ballet, plaçant l’héroïne dans une position passive de spectatrice. Cet intermède dansant constitue une mise en abyme de la posture qu’adopte le spectateur de cinéma face à un film, mimée par Clara face au ballet. Dans les deux cas, un individu s’efface au profit d’un divertissement, d’un spectacle qui le transporte. Bien que la scène n’ait finalement que peu d’intérêt diégétique, j’ai été agréablement surpris par ce choix scénaristique.

La partie sonore s’en sort honorablement dans ce Casse-Noisette. Cependant, ce qui est montré à l’écran présente bien plus de problèmes. Commençons par un détail quelque peu insignifiant mais qui atteste de l’inconstance regrettable du long-métrage ; deux des Quatre Royaumes, pourtant présents dans le titre même du film, sont quasiment oubliés au sein de ce dernier. Les mondes de la glace et des fleurs, personnifiés par des régents aux costumes ridiculement kitschs, n’apparaissent que quelques secondes à peine à l’écran.

Seul le monde du divertissement possède un réel intérêt grâce à son atmosphère désenchantée émanant d’un monde dévasté.
La variation étrange, lugubre du thème iconique de Casse-Noisette participe à la caractérisation de ce lieu délabré et à l’étrangeté qui s’en dégage. Cette déchéance se matérialise au sein du personnage de la Mère Gingembre et de son visage fracturé, autant que sa marionnette géante qui lui sert de moyen de locomotion et d’outil pour terroriser les intrus sur son territoire. Cet engin hors normes fait d’ailleurs partie des quelques bonnes surprises visuelles du film.

Malheureusement, d’autres effets spéciaux se montrent bien moins réussis et même assez ridicules. Ainsi, le rayon de la machine insufflant la vie aux jouets ou les ailes de la fée dragée peinent clairement à convaincre. Même si l’on pourrait simplement justifier ces ratés par le budget “modeste” du film, à savoir 120 millions de dollars, soit 80 millions de moins qu’un Black Panther ou qu’Indestructibles 2, il reste néanmoins un peu plus élevé que celui d’Un raccourci dans le temps, considéré comme un flop commercial pour Disney mais qui semblaient tout de même posséder des FX réussis. De ce fait, il est étrange de voir un tel écart d’un effet spécial à un autre, surtout en sachant que la plupart des décors, y compris ceux en 3D comme le château où siègent les régents, restent crédibles.

La présence d’acteurs prestigieux pourrait justifier un budget relativement serré et donc, des effets spéciaux passables. En effet, on retrouve au casting de ce film Morgan Freeman, relégué à un rôle certes déterminant pour l’intrigue, mais qui n’apparaît à l’écran qu’une poignée de minutes à peine. Keira Knightley est également de la partie, et, autant vous l’avouer, c’est ce qui m’a motivé à aller voir le film. Dommage que son rôle se révèle finalement assez stéréotypé, téléphoné. De plus, l’actrice se retrouve affublée d’une voix française exagérément aiguë, ce qui la rend très vite insupportable. Pour ne rien arranger, le véritable antagoniste du film ne représente pas une réelle menace, à l’instar d’Ultron dans Avengers 2, dont le budget est plus de deux fois supérieur à Casse-Noisette et les Quatre Royaumes par ailleurs, pour rester dans les films de la firme aux grandes oreilles aux méchants décevants.

Malgré les faiblesses évoquées jusqu’alors, je tiens à signaler que le duo de personnages principaux, à savoir Clara Stalhbaum et Philippe le casse-noisette (tiens donc), fonctionne bien. L’ambiguïté entre amitié et commandement, entre sentiments naissants et devoir d’agir pour sauver les Quatre Royaumes se forme naturellement et permet de s’attacher aux personnages. Le film dispose d’un regain d’intérêt lorsque le twist, très facilement décelable, se dévoile enfin. A partir de ce moment, l’action s’y déroule plus franchement et donne la sensation au spectateur que le long-métrage avance réellement, après avoir franchi un cap significatif dans l’intrigue.

Casse-Noisette et les Quatre Royaumes constitue une tentative louable de la part de Disney de réhabiliter le ballet auprès du grand public. Cependant, le manque d’originalité de l’intrigue et le trop peu de moyens déployés pour ce long-métrage font qu’il ne se cache derrière une belle affiche qu’un divertissement correct, qui finira rapidement submergé par le reste des productions du studio. Néanmoins, de belles scènes, en marge de l’intrigue du film, restent surprenantes et agréables à l’œil. La place accordée à la musique a aussi le mérite d’être intéressante et réellement motivée par l’essence même du projet. De plus, la plupart des effets spéciaux restent correctement exécutés, et la majorité des costumes sont réussis. Malgré les défauts apparents du long-métrage évoqués, j’ai apprécié son visionnage et le recommande aux plus curieux.

Cette critique en demi-teinte est à présent terminée. J’espère qu’elle vous aura plu, d’autant que son thème respire bon l’esprit de Noël ! :p On se retrouve très vite pour de nouveaux articles, la bise !

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