[Critique] Dumbo : Le réveil de Burton

[Critique] Dumbo : Le réveil de Burton

J’adore Tim Burton. Enfin, j’adorais Tim Burton. Après m’avoir émerveillé avec des films incroyables tels qu’Edward aux mains d’argent, Les Noces funèbres ou ma madeleine de Proust L’Étrange Noël de monsieur Jack, d’ailleurs réalisé concrètement par Henry Selick et pas par Burton, je trouvais que le cinéaste s’était depuis quelques temps enlisé dans une posture ronronnante, fainéante. L’univers macabre, étrange si caractéristique de Tim Burton s’en était retrouvé allègrement affadi, au point de ne devenir qu’une pâle copie de lui-même. Dark Shadows, ses films Alice au pays des merveilles et même le correct Miss Peregrine et les Enfants particuliers n’avaient plus cette âme burtonienne, ce mélange d’esthétique enfantine et effrayante. A la place, un ersatz de cette ambiance nous était servi par un Tim Burton en pilote automatique. C’est donc empli d’appréhension et de crainte que je me suis décidé à aller voir Dumbo, remake en prises de vue réelles du film d’animation éponyme de Disney. J’apporte d’ailleurs une précision notoire dans cette introduction : je n’ai jamais vu ledit film. Honte à moi, je sais. De ce fait, je fonderai ma critique uniquement sur la version de Burton, sans perspective comparative poussée entre les deux versions. Aussi, j’ai vu le film en version originale sous-titrée. Les noms originaux des personnages seront donc employés dans cet article, et peuvent potentiellement ne pas correspondre aux adaptations effectuées pour la version française que je ne connais pas… Voilà, en scène maintenant !

Le film narre les pérégrinations du cirque des frères Medici qu’Holt Farrier retrouve après avoir fait la guerre. Malgré un bras en moins et le décès de sa femme Annie, il compte bien s’occuper de ses enfants et, à terme, remonter à cheval comme à l’époque où il était connu comme un cavalier hors pair. En attendant ce jour, Max Medicis le désigne en tant qu’éleveur d’éléphants. Le jeune éléphanteau de Miss Jumbo est attendu par toute la troupe comme l’ultime moyen pour le cirque de remonter financièrement la pente. Hélas, ses oreilles anormalement proéminentes risquent de compromettre tous ces espoirs.

Même si le remake partage globalement la même trame principale que son aîné animé, il effectue un glissement de focalisation pertinent. Ici, Dumbo n’est pas véritablement au centre du long-métrage qui porte son nom. Même s’il est évidemment placé au cœur de l’intrigue et que ses états d’âme la font avancer, l’éléphant extraordinaire est replacé dans un cadre réaliste, le privant ainsi de parole dû à l’absence de son compagnon Timothée, et se retrouve donc mis en quelque sorte en retrait. Ainsi, le film s’affaire à montrer la vie des êtres humains qui entourent le pachyderme volant. Les humains accompagnent et assistent à son évolution en y participant activement. Le gentil Dumbo se voit ainsi voler la vedette par la majorité des autres personnages du film : les enfants Farrier en premier lieu, mais aussi leur père ainsi que toute la troupe Medici, étonnamment attachante et intéressante. Certains personnages de celle-ci, comme Miss Atlantis et le couple de magiciens hispaniques ayant veillé sur Milly et Joe, m’ont touché plus que je ne l’aurais jamais imaginé ! La sirène chantonnant autour du feu saura même tirer quelques larmichettes aux spectateurs les plus sensibles, vous êtes prévenus.

L’antagoniste du film occupe lui aussi une place importante puisqu’il offrira une perspective d’avenir radieux à la troupe du cirque Medici. Toutefois, la position financière délicate dans lequel il se trouve n’est, à mon sens, pas assez développée, ce qui minimise l’impact de la décision que doit prendre Max.

Si j’étais ravi de voir Michael Keaton retrouver Tim Burton 30 ans après leur majestueux Batman, le fait de le voir incarner tant bien que mal un personnage vraisemblablement destiné à Johnny Depp m’a déçu. Malgré son charisme et son talent, Keaton se voit ici relégué au rôle de simple remplaçant de l’interprète de Willy Wonka ou de Jack Sparrow. D’ailleurs, des relents de Charlie et la Chocolaterie se ressentent à plusieurs reprises dans le film, majoritairement à travers V.A. Vandevere, le personnage de Michael Keaton donc, et Dreamland, son imposant parc d’attractions futuriste dont émane une froideur mécanique. Rien à voir avec le manga du français Reno Lemaire donc. Un pincement infime m’a assailli en sortant de la salle lorsqu’aucune référence à Batman, même minuscule, n’avait été faite malgré les retrouvailles de Tim Burton, Michael Keaton et Danny DeVito dans ce long-métrage. Je pinaille bien sûr, mais quand même, l’occasion était trop belle !

Tim Burton s’illustre dans la création de plusieurs ambiances maîtrisées au sein du long-métrage. Du cirque désenchanté, aux couleurs ternes, le film se dirige ensuite à Dreamland, le parc d’attractions plus coloré, plus vivant, mais aussi accablé d’une artificialité, d’une gaieté feinte qu’il partage avec son directeur, V.A. Vandevere. Au sein de ce décor faussement accueillant, Burton se laisse aller à quelques excursions plus ténébreuses, plus sombres. Parler d’effroi me paraît exagéré, mais le cinéaste se détourne de l’image joyeuse et enfantine que peut laisser transparaître Dumbo pour lorgner du côté des ombres, du cauchemar et même de l’apocalypse.

Néanmoins, si le réalisateur de Big Fish semble sortir un tant soit peu de sa torpeur artistique, qui l’amenait à proposer des films sans âme, force est de constater que sa “touche” n’est pas tout à fait revitalisée ici. On sent qu’il s’agit d’un film de Tim Burton, sans en être pleinement convaincu pour autant, là où il serait incontestable de remettre en question sa filiation avec Sleepy Hollow par exemple. A titre de comparaison, les musiques de Danny Elfman se révèlent bien plus reconnaissables et prodiguent bien plus d’impact que la mise en scène proposée par Burton.

En plus d’être un remake captivant et doté d’une réelle personnalité, Dumbo semble marquer le retour de Tim Burton dans le monde réel, c’est-à-dire la tête sortie du pilote automatique dans lequel il paraît se trouver depuis quelques années. L’éléphant volant cède de son importance à la famille Farrier qui s’occupe de lui. Les acteurs rendent honneur à leur personnage, aussi bien les têtes d’affiches, Colin Farrell et Eva Green, que Danny DeVito, malheureusement cantonné à un rôle assez secondaire. Les enfants Farrier échappent à l’écueil des enfants insupportables et se montrent relativement attachants. Ma seule réserve se dirige vers le personnage de Michael Keaton qui, même s’il l’incarne décemment, ne lui correspond pas et était vraisemblablement d’abord écrit pour Johnny Depp. De ce fait, l’ancien Batman s’efforce d’imiter tant bien que mal ledit acteur. En dehors de cette déception, le film accumule les bons points. Les effets spéciaux globalement maîtrisés permettent à Dumbo de s’épanouir fièrement dans des prises de vues réelles. Même si la mode des remakes live action risque de ne pas réussir à proposer de films vraiment mémorables, cette nouvelle itération de Dumbo a le mérite de s’écarter de son modèle et de profiter d’une équipe créative et d’un casting compétents.

That’s all folks ! J’espère que cette critique de film vous aura plu, cela fait un bon moment que je ne m’étais pas adonné à l’exercice, et je dois dire qu’il m’a bien passionné et revigoré ! Quoi qu’il en soit, je vous quitte, mais pas pour très longtemps puisque nous nous retrouverons très vite pour de nouveaux articles. 😉

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