[Critique] Hellboy : Un vulgaire voyage en Enfer

[Critique] Hellboy : Un vulgaire voyage en Enfer

Alors que beaucoup de fans de Guillermo Del Toro et/ou de Hellboy espéraient voir un troisième volet des aventures du personnage de Mike Mignola réalisé par le cinéaste à l’origine du Labyrinthe de Pan ou de La Forme de l’Eau, le sort en a décidé autrement. Quelqu’un, quelque part, probablement dans un bureau et muni de beaucoup d’argent, a privilégié un reboot de la licence au cinéma. Et pendant que la majorité des internautes s’indignaient et se lamentaient en apprenant la nouvelle, j’étais assez curieux de découvrir cette nouvelle itération du personnage sur grand écran et même confiant vis-à-vis de celle-ci. David Harbour, après son excellente prestation de Jim Hopper dans Stranger Things, avait été enrôlé pour incarner le célèbre démon. Neil Marshall, qui n’a visiblement jamais réussi à reproposer une œuvre mémorable depuis The Descent, sorti il y a quatorze ans déjà, se retrouve surprenamment impliqué dans le projet. La différence majeure entre cette version et celle proposée par Guillermo Del Toro devait être sa classification : le Rated-R.

Ils en étaient visiblement fiers de leur Rated-R.

Dessinez votre plus beau pentagramme sur la surface plane la plus proche de vous afin de revivre avec moi la douche diablement froide que représente le Hellboy de 2019.

Là où les films de Del Toro se présentaient comme relativement bon enfant et tous publics, cette nouvelle version laisse libre cours aux effusions de sang, de boyaux et de blagues vulgaires. Malheureusement, comme l’a démontré le grand sage Karim Debbache en parlant d’Uwe Boll, rajouter des blagues et du caca par-dessus un mauvais film n’en fait rien d’autre qu’un mauvais film vulgaire. Le Rated-R, au-delà de permettre au film de s’entourer de cette coquille ensanglantée et écervelée, ne sert strictement à rien.

Ce qui m’avait interloqué dans la première bande-annonce du film, c’était l’humour débile et inefficace qui y était massivement présenté. Et malheureusement, Hellboy en est bel et bien rempli à ras bord. De ce fait, les quelques rares émotions que laissent transparaître le personnage s’avèrent peu crédibles. Malgré un design assez sombre dont j’appréciais l’aspect poisseux et usé sur les premières images du film, le costume paraît empêcher David Harbour de proposer la moindre expression faciale. Ce choix regrettable fige complètement son visage et le fait presque passer pour un mauvais acteur sans la moindre émotion, à l’instar de Venom décrédibilisant l’ensemble de son casting.

Pour ne rien arranger à ce manque de vraisemblance, le personnage de Hellboy se présente dans ce film comme une sorte d’adolescent rebelle pleunichard et bourrin, refusant l’autorité parentale et remettant en doute la légitimité des humains sur Terre. Ce comportement infantile dénote complètement de son allure de gueule cassée. Le spectateur doit donc le supporter avec son design discutable, dont émane une maturité inquiétante, et sa mentalité d’enfant capricieux et un tantinet stupide.

Ce décalage ruine complètement l’ambiance du film, dont le scénario se prend bien trop au sérieux. A l’exception de Hellboy et de ses blagues exténuantes, l’intrigue ne laisse aucune place au fun. Et à cause de ce déséquilibre entre sérieux et comique, le film se retrouve à contenir malgré lui des punchlines nanardesques qui feront ironiquement souffler du nez les fans de ce genre de répliques.

Le long-métrage, durant ses deux longues heures, tente maladroitement de rendre la Reine de Sang menaçante à tout prix. Paradoxalement, le film donne l’impression d’aller toujours trop vite, comme s’il devait impérativement inclure le plus d’éléments scénaristiques et de personnages possible en son sein, quitte à annihiler toute forme de tension ou d’enjeux. Certains personnages, vraisemblablement connus des lecteurs, se contentent d’apparaître le temps de quelques répliques ou d’un flashback, sans autre utilité que d’être issus des comics cultes de Mignola. Ainsi, la sauce ne prend jamais. Aucun des antagonistes ne se montre crédible ou intéressant, de même que leurs interactions déprimantes avec les héros.

C’est parmi ces derniers que se trouvent les personnages un tant soit peu attachants du film. Ian McShane y incarne le père de Hellboy de manière opposée à son rôle dans la saga John Wick, même si les deux personnages partagent une même aura paternelle. Ici, l’acteur joue de façon assez détendue, sans vraiment se prendre au sérieux. Je ne saurais juger la fidélité du personnage à sa version papier puisque je n’ai pas lu l’œuvre de Mike Mignola, de même pour la personnalité d’Alice Monaghan, mais ils sont les seuls à s’être un peu démarqué positivement à mes yeux de la mélasse numérique qui constitue la majorité du film.

Neil Marshall sait tenir une caméra, mais les quelques plans réussis de Hellboy sont bien trop souvent gâchés par des effets spéciaux au rabais. Certaines créatures m’ont rappelé les monstres de Scooby-Doo… Le film live ! Heureusement, Baba Yaga, le seul personnage lorgnant véritablement du côté de l’horreur, rehausse un tantinet la qualité des maquillages, du moins pendant le peu de temps où elle apparaît.

Hellboy 2019 ne sait pas ce qu’il veut. Le film incorpore à l’univers de Mike Mignola des tas d’éléments contradictoires dont l’association ne fonctionne pas. Le Rated-R ne présente aucune utilité concrète à part celle de proposer un enrobage stupidement trash à une histoire classique au possible. Pour ne rien arranger, le scénario contient tant d’éléments qu’il en devient indigeste et qu’il force le film à expédier ses péripéties les unes après les autres sans les rendre crédibles ou émotionnellement significatives. Le spectateur enchaîne alors les aventures d’un Hellboy en pleine crise d’adolescence, accompagnées de ses bien trop nombreuses blagues, soit vulgaires, soit débiles mais toujours lourdes.

Si je considère les deux films Hellboy de Guillermo Del Toro comme juste sympathiques, la version proposée par Neil Marshall s’avère vide et artificielle au possible. Et malgré les quelques répliques typiques des nanars attendrissants, le film se prend bien trop au sérieux pour y trouver un quelconque plaisir coupable. Au vu du résultat, je comprends l’échec commercial du film qui, je l’espère, refroidira les producteurs à l’idée de produire la suite qu’ils avaient visiblement déjà en tête.

Cette critique est désormais terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu. La déception est grande vis-à-vis de ce film mais que voulez-vous, c’est la vie ! C’est sur cette phrase approximativement philosophique que je vous dis à bientôt pour de nouveaux articles. Et pour finir sur une note quelque peu positive, je vous laisse admirer quelques affiches réellement réussies relatives à ce Hellboy effroyable !

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