[Critique] Le Dernier Voyage

[Critique] Le Dernier Voyage

Introduction

Voilà une dizaine de jours que les cinémas ont rouvert leurs portes en France. Je ne m’attarderais pas sur le plaisir que cette nouvelle m’a procuré pour plutôt souligner l’étrangeté de la situation actuelle dans les salles. Les nouveautés arrivent timidement chaque semaine, laissant la possibilité aux cartons d’octobre dernier l’occasion de terminer leur exploitation de manière spectaculaire. Et au milieu des films attendus et des ressorties se trouvent des projets curieux qui, sans le contexte si particulier que vivent spectateurs et exploitants, n’auraient indéniablement pas suscité un tel intérêt.

L’exemple le plus frappant à mes yeux s’avère être le film dont nous allons parler aujourd’hui : Le Dernier Voyage de Romain Quirot, adapté de son court-métrage sorti en 2015. Les sublimes affiches du long-métrage remarquées sur les réseaux sociaux et sa sortie à la réouverture des cinémas ont l’air de lui avoir accordé une fenêtre de tir promotionnelle notable, allant jusqu’à s’afficher dans les rues et autres arrêts de bus. Franche curiosité, le film m’a intrigué et j’ai décidé de le voir sans trop me renseigner à son sujet. Voyons donc si cette nouvelle occurrence valait d’être tant remarquée.

Un casting multiple

Le réalisateur a embarqué la quasi-intégralité du casting de son court à l’occasion de son premier long-métrage de fiction pour des rôles revisités. N’ayant pas vu Le Dernier Voyage de l’énigmatique Paul W.R, le film d’une vingtaine de minutes, je n’entrerais pas dans les détails sur ce point.

Les deux productions se focalisent sur le personnage de Paul W.R, un astronaute renommé et dernier espoir de l’humanité fuyant sa mission salvatrice contre toute attente. Dans les deux cas, Hugo Becker campe le rôle principal. Lyo Oussadit-Lessert complète le duo de protagonistes du long-métrage et s’en sort admirablement bien. La jeune actrice, par son caractère ferme, contrasté par une innocence enfantine persistante, forme une bonne complémentarité face au jeu nonchalant de Becker.

Notons quand même que le caractère du héros des films a vraisemblablement été divisé en deux personnages pour le métrage d’une heure et demi. Son frère, Eliott W.R, créé pour cette nouvelle version, hérite des pouvoirs psychiques originellement possédés par Paul. Ce dernier se contente désormais d’être comme hanté par des échos de son enfance qui le poussent à traverser le monde désolé qui l’entoure.

D’ailleurs, Paul Hamy, le comédien jouant Eliott, laisse transparaître le machiavélisme de son personnage par les traits de son visage allègrement appuyés par la mise en scène. Filmé à la manière du T-1000 interprété par Robert Patrick dans Terminator 2, le faciès marqué de Paul Hamy, qui ressemble un peu à celui de Paul Bettany et dont les grimaces m’ont parues parfois similaires, matérialise la perversité de l’antagoniste du film. Ce dernier reste néanmoins une pure fonction scénaristique dans l’optique de mouvementer la fuite des personnages principaux.

Hello there…

Du court au long : vertus…

L’adaptation du court-métrage en un film bien plus long peut se ressentir à différentes échelles. Déjà, les dialogues ne disposent que d’une place minime au sein de l’intrigue. Les personnages parlent relativement peu entre eux, leur caractérisation s’effectuant davantage lors de scènes muettes contemplatives ou musicales. La psychologie de la jeune Elma, qui suivra Paul dans son road trip, est ainsi montrée lors d’un passage proche du clip. Son désir d’évasion, de fuir son quotidien maussade apparaît nettement à l’issue de cette séquence et justifie sa volonté insistante d’accompagner Paul dans sa quête abstraite.

La narration avance ainsi, visuellement, dans des formes variées pour distinguer notamment les différentes temporalités invoquées par le long-métrage. Par exemple, le noir et blanc accompagne la jeunesse des frères W.R tandis que l’introduction dessinée du film épouse l’aspect enfantin de la voix off posant les bases du Dernier Voyage.

… Et réserves

Cependant, cet étirement scénaristique se fait aussi avec quelques faiblesses dont un rythme inconstant souffrant de longueurs et certains passages convenus. L’écriture de certains personnages, et particulièrement ceux inédits au long-métrage, paraît aussi assez artificiel. Eliott W.R n’existe que pour s’opposer à son frère, tandis que Henri W.R, leur père, et l’animateur radio ne servent qu’à expliciter expressément le scénario.

Une autre composante du long-métrage apparaît assez évidente : le budget restreint alloué pour concrétiser un projet si ambitieux. Faire de la science-fiction futuriste en France reste une démarche minoritaire à cause d’une économie plus que fragile généralement attribuée. Romain Quirot n’abandonne pas pour autant son désir de mettre en scène son univers post-apocalyptique de manière frontale.

Hommages assumés au détriment de l’unicité

Toutefois, ce choix audacieux ne parvient pas à compenser qu’une partie des éléments du film ne dégagent rien de particulier. Les bâtiments de fortunes en taule, le robot espion ou le design des gendarmes du futur paraissent assez fades, quelconques. Les nombreuses inspirations du réalisateur semblent réutilisées telles quelles, sans chercher à les singulariser au sein de sa propre imagerie : une scène reprend un moment iconique de Mad Max : Fury Road, les policiers précédemment évoqués mixent des influences issues de Star Wars et des films post-apocalyptiques de George Miller. Le concept des voitures volantes relève assez naturellement du Cinquième élément de Luc Besson entre autres.

Des acteurs connus, oui, mais à quoi bon ?

Malgré ses lacunes visuelles et scénaristiques, Le Dernier Voyage dégage une sympathie certaine rien que pour la prise de risques qu’il représente. Déjà parce que les rôles principaux sont tenus par des acteurs relativement confidentiels. À titre de comparaison, les quelques têtes réellement connues ne servent quasiment que d’arguments promotionnels tant leur rôle s’avèrent minimes.

Les interventions de Philippe Katerine amusent. Cependant, les quelques moments sollicitant Jean Reno ne procurent clairement pas le même enthousiasme à mes yeux. Ce dernier paraît apathique et ne donne aucune incarnation à son personnage. De plus, le fait qu’il apparaisse pratiquement toujours seul n’aide pas à l’intégrer à la trame scénaristique. Problèmes d’emploi du temps, concession sanitaire ou désintérêt de l’acteur pour le projet, dans tous les cas il peine à convaincre.

Lueurs d’espoir

Heureusement, tout ne déçoit pas au sujet du Dernier Voyage. La débrouillardise mise en œuvre par Romain Quirot lui permet de retranscrire son intrigue cosmique avec une économie de moyens respectable. Certains effets montrent ridiculement leurs limites, d’autres surprennent agréablement. L’équilibre trouvé démontre une lucidité de la part du réalisateur désireux d’expliciter son univers interplanétaire tout en ayant conscience des faibles ressources à sa disposition.

La bande originale du film, composée par Etienne Forget, participe grandement à l’intensité des scènes et à instaurer une atmosphère rétrofuturiste nébuleuse tout au long du film. Ces morceaux constituent à mes yeux l’une des plus grandes qualités du film, accompagnant avec brio l’intrigue narrée et parvenant même à en minimiser le manque d’originalité par moments. Les situations peuvent être convenues, l’ambiance sonore électronique diffuse mais chargée d’émotions protéiformes accentue leur efficacité et convint le spectateur de se laisser porter.

Conclusion

Au final, Le Dernier Voyage forme une note d’espoir dans le paysage audiovisuel français. Même si le cinéma de genre reste marginalisé, Romain Quirot prouve que la science-fiction a autant sa place dans les salles que les comédies et les drames sociétaux.

Son expérience dans le court-métrage se ressent dans son ingéniosité à exposer ses idées en dépit des contraintes économiques. La préexistence de l’intrigue dans un format bien plus court justifie probablement aussi les moments de battement qui nuisent à ce remake à la durée rallongée.

Pour autant, le réalisateur a su réinvestir les qualités de son court-métrage, notamment son casting et son compositeur, dans son long pour étayer l’histoire de Paul W.R. Si l’univers global semble issu d’un rassemblement des nombreuses références du cinéaste, le tout sert de décor convenable à la quête contrariant l’héroïsme de son personnage principal. Derrière des visuels des plus alléchants, le film de Romain Quirot se présente finalement comme une proposition honnête, perfectible mais plaisante grâce à une rusticité charmante bien qu’exigeante.

C’est ainsi que s’achève ma critique en demi-teinte du film Le Dernier Voyage, déterminé à faire de la science-fiction en dépit des entraves budgétaires. Les avis à son sujet se montrent vraisemblablement assez polarisés, c’est pour cette raison que je ne saurais que trop vous recommander de vous faire votre propre opinion en allant le voir en salles. Ainsi, vous soutiendrez la proposition notable et nous pourrons ensuite en discuter si vous le souhaitez ! En tout cas, je vous souhaite de prendre du plaisir à retourner au cinéma et vous donne rendez-vous très vite pour de nouveaux articles. À bientôt !

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