[Critique] Ralph 2.0 : L’autodérision made in Disney

[Critique] Ralph 2.0 : l'autodérision made in Disney

Les avant-premières, c'est sympa. Les avant-premières qui permettent de voir un film des mois à l'avance, c'est encore mieux. C'est grâce à l'une d'entre elles que j'ai pu voir Ralph 2.0, ou Ralph Breaks the Internet dans son nom original, bien avant sa sortie française officielle fixée pour le 13 février 2019. Cette opportunité exceptionnelle justifie d'ailleurs à elle seule cette semaine spéciale Wreck-It Ralph que je débute dès à présent. Maintenant que la date butoir est arrivée, il est grand temps de plonger sans plus tarder dans cette nouvelle aventure de Ralph et de Vanellope !

Après avoir passé six ans de franche camaraderie routinière, le quotidien de Ralph et de la "princesse" Vanellope s'affole lorsque le volant de la borne d'arcade Sugar Rush finit par être cassé ! Pour éviter que la borne ne soit débranchée et que tout le royaume de Sugar Rush se retrouve à errer dans la salle d'arcade, le duo de héros n'a qu'une seule solution : aller dans l'Internet, récemment installé dans la salle d'arcade, afin d'y trouver un nouveau volant. Cette tâche va se révéler bien plus ardue que prévue face à l'immensité du Web et à toutes les surprises enfouies en son sein.

Comme son aîné, Ralph 2.0 profite d'un univers graphique splendide. La direction artistique reste dans la lignée du premier opus et s'expatrie vers un univers riche et bien plus vaste que la salle d'arcade : Internet. Ce nouveau monde se révèle superbement représenté par d'immenses buildings et d'innombrables allées où déambulent des utilisateurs par milliers. A l'instar de la pléthore de personnages mythiques du jeu vidéo que l'on pouvait apercevoir dans Les Mondes de Ralph, ce deuxième opus regorge de sites incontournables tels que Google, Amazon ou Youtube. La visite de certains sites existants constituent même des étapes importantes du voyage du duo.

Un autre site existant fait l'objet d'une visite par Vanellope : Oh My Disney. A travers ce lieu singulier, l'entreprise aux grandes oreilles assume sa position de quasi-monopole en affichant fièrement différents pôles correspondant aux licences phares de la firme. Les personnages Disney en général cohabitent ici sans distinction. Iron Man, Bourriquet et des Stormtroopers se baladent donc naturellement dans un même site Internet.  Plus que d'exhiber ses créations, Disney s'amuse de son site d'actualités et même de sa posture grâce à l'interaction entre Vanellope et les différentes princesses Disney, visible dans la bande-annonce rythmée par la célèbre musique Harder, Better, Faster, Stronger des Daft Punk. L'autodérision louable dont fait preuve le mastodonte s'illustre aussi dans une scène post-générique méta et drôle à souhait, résumant parfaitement la réaction des spectateurs les plus pointilleux à la fin du film, moi y compris. Quel plaisir de se faire troller de cette manière par un film, vraiment.

De nombreux sites authentiques sont intégrés dans Ralph Breaks the Internet. Néanmoins, quelques sites originaux ont été inventés pour le film, et heureusement. Bien qu'ils soient peu nombreux, ils se révèlent être des pivots de l'histoire et le décor de nombreuses scènes importantes pour le développement de Ralph et de Vanellope, mais aussi des nouveaux personnages déployés. JeSaisTout, l'érudit gérant les recherches sur Internet, dispose d'un design rondelet et mignon et se montre drôle à bien des reprises. Il joue cependant un rôle mineur dans le long-métrage. Yesss, l'excentrique directrice de BuzzTube, passe plus de temps à l'écran et sert davantage l'intrigue du film. Clone de Youtube, le site géré par Yesss reflète l'addiction contemporaine de soutien virtuel. Cette nécessité de reconnaissance illusoire peut entraîner des individus à se montrer sans cesse, dans des situations banales voire un peu humiliantes. Telle est la critique implicite, peu originale mais bienvenue, défendue par ce lieu où les likes rapportent de l'argent. Spamley, la personnification des fameux spams qui pouvaient perturber vos navigations Internet avant l'invention d'Adblock et compagnie, se présente comme un personnage gaffeur mais sympathique au possible. Il est incarné par Jonathan Cohen dans la version française. Ce dernier s'implique tellement dans son rôle que je ne l'avais reconnu à aucun moment ! Même si je vous ai parlé de quelques personnages secondaires de ce Ralph 2.0, nous n'avons toujours pas parlé du site Internet le plus novateur et le plus développé, ni même du nouveau personnage qui l'incarne. J'ai nommé Shank, conductrice hors pair de Slaughter Race, un jeu de course dans un open-world dévasté. Même si Shank sera toujours pour moi l'un des premiers jeux indés auxquels j'ai joué et donc une brute épaisse vidéoludique, cette Shank se montre captivante, surtout par la relation qu'elle tisse avec la jeune Vanellope. Bad ass et pourtant pleine de sagesse, elle se positionne comme une grande sœur aux yeux de la princesse sucrée, compréhensive et avenante. Malgré ces airs de biker, Shank se permet pourtant une envolée lyrique délirante à la gloire de son jeu, accompagnée de Vanellope. Là aussi, Disney joue consciemment avec les stéréotypes qui collent à la peau de ses productions les plus célèbres. En faisant mes recherches pour la critique, j'ai appris que Gal Gadot interprétait le personnage de Shank dans la version originale du film. Une fois ce détail en tête, la ressemblance physique apparaît assez évidente et convient bien à la personnalité que l'actrice a déjà pu développer au travers du personnage iconique de Wonder Woman.

Les plus observateurs auront remarqué que je n'ai parlé à aucun moment des anciens personnages des Mondes de Ralph et ce, pour une raison très simple. Cette suite délaisse complètement les compagnons de Ralph issus du monde des jeux vidéo, en développant à peine les pistes laissées par la fin du premier opus. Le couple Félix/Calhoun n'intervient que très ponctuellement dans le film, ce qui est dommage car la singularité du couple laissait entrevoir un potentiel comique déjà évident à la fin du premier opus, potentiel d'autant plus tangible après la responsabilité qui leur est conférée au début du long-métrage. En parlant de personnages venant du premier film, j'ai noté un détail concernant Ralph la Casse et son interprétation par François-Xavier Demaison. Sa voix m'a parue plus aiguë que dans le premier film, ce qui rend le personnage de Ralph plus fragile, plus dépendant de sa relation avec Vaneloppe. Cette variation, supposément volontaire, reste en adéquation avec le propos du film. J'ai simplement été surpris de ce changement au début du film, puis il s'est révélé pleinement justifié.

Rich Moore et Phil Johnston exploitent la partie visible d'Internet dans leur film, mais n'oublient pas d'explorer la partie immergée de l'iceberg numérique : le Dark Web (oooooouh, ça fait peur). Enfin, l'explorer de manière succincte et le matérialiser assez caricaturalement, mais soit. Pour dire vrai, ce deep constitue un nœud scénaristique facilement identifiable et ce, même pour des spectateurs lambdas. Le scénario de Ralph 2.0 se caractérise par son efficacité mais aussi par son classicisme. Néanmoins, les ficelles scénaristiques et les retournements de situation apparaissent encore davantage aux yeux du spectateur que dans Les Mondes de Ralph. La structure ternaire se déploie sous les yeux du spectateur et se remarque aisément même sans connaître cette notion. La délimitation entre le début, le milieu et la fin du film est profondément marquée. La fluidité du film n'en est pas spécialement impactée, mais certains événements paraissent allonger de manière un peu artificielle la durée du long-métrage. L'articulation globale aurait méritée davantage de finesse pour éviter ce jaillissement aux yeux du spectateur. Néanmoins, puisque le squelette du film se voit autant, Ralph Breaks the Internet peut constituer un objet d'étude idéal pour qui souhaite comprendre la fameuse structure ternaire.

L'antagoniste principal du film se présente rapidement comme étant le temps limité dont disposent Ralph et Vanellope pour trouver de quoi réparer la borne de Sugar Rush sur Internet. Ainsi, plus les heures passent, et plus le film prend des airs de film catastrophe, surtout lors du climax que je ne vous dévoilerai pas.

Bien que peu originales, les morales concernant l'amitié et l'utilisation d'internet que déploient le film me semblent judicieuses, surtout au sein d'un long-métrage tout public, s'adressant principalement aux enfants d'aujourd'hui, côtoyant quotidiennement Internet. Les situations montrées dans Ralph 2.0 affichent efficacement certaines dérives de la quête futile d'approbation sociale qui peut découler d'une utilisation abusive d'Internet.

Ralph 2.0. n'a pas pour ambition de proposer un scénario transcendant les règles classiques de narration. Au contraire, il les suit scrupuleusement. Peut-être même de manière trop académique, au point que les pivots scénaristiques paraissent vraiment visible au sein du film. Pour autant, cette rigueur formelle aux conventions n'empêche pas le film de proposer une aventure prenante et riche en lieux inédits et en nouveaux personnages. D'ailleurs, bien qu'ils soient tous réellement intéressants, on pourra regretter que tous la quasi-totalité des personnages du premier soient oubliés pendant la majeure partie du long-métrage. Disney inscrit la licence dans une évolution logique, en passant de la salle d'arcade et d'un plaisir de jeu local à Internet, ouvrant une infinité de possibilités pour les personnages. Le studio s'approprie cette technologie nouvelle pour la placer au centre de l'intrigue et en profite même pour afficher fièrement ses licences les plus fructueuses dans un site consacré à lui-même. Mais, plus que de seulement se complaire dans sa position d'empire du divertissement, Disney joue des codes qui ont fait son succès et s'en moque gentiment. A l'instar de son prédécesseur, Ralph 2.0. fonctionne très bien et se laissera regarder, même plusieurs fois, avec plaisir et ce, malgré que l'univers du jeu vidéo et les personnages relatifs à ce dernier soient oubliés au profit de nouveaux personnages attachants mais moins percutants que Calhoun ou Félix.

J'espère que cette première partie de la semaine spéciale Ralph vous aura plu ! D'autres articles suivront pour la continuer de plus belle, j'espère donc que vous serez au rendez-vous ! 😀

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