[Critique] Spider-Man New Generation

[Critique] Spider-Man New Generation

Ça y est, l’attente s’est évanouie. J’ai enfin pu voir, le 4 décembre, l’un des films de super-héros que j’attendais le plus et qui a débarqué complètement par surprise dans le flot d’adaptations super-héroïques en tout genres de cette année. Il est donc temps de parler de Spider-Man : Into the Spider-Verse (ou Spider-Man : New Generation en France). Je précise avant de commencer que j’ai eu la chance de voir le film en version originale sous-titrée. De ce fait, je ne peux donc pas juger les “prestations” de nos Olivier Giroud et Presnel Kimpembe nationaux. Une larme s’échappe de mon globe oculaire. Est-ce de désarroi ou de joie ? Je ne vous le préciserai pas pour ne pas manquer de respect à qui que ce soit.

Le film se focalise sur Miles Morales, issu d’un quartier populaire de Brooklyn. Peu enclin à poursuivre ses études dans l’école élitiste de Visions Academy, il préfère retrouver son oncle Aaron et aller graffer, au grand dam de son père policier. Lors d’une de ses excursions, Miles se fait mordre par une araignée a priori banale. Cependant, cette morsure supposée anodine va bouleverser sa vie, surtout lorsqu’il rencontre peu de temps après Spider-Man, et même plusieurs Spider-personnes. Avec tous ces Tisseurs, Miles va devoir apprendre à maîtriser ses nouvelles capacités pour pouvoir vaincre le Caïd et ses alliés.

L’attrait premier du film, que tout le monde a d’ailleurs remarqué dès la première bande-annonce du film, réside dans son univers visuel époustouflant. L’animation du long-métrage impressionne et a constitué un élément suffisamment conséquent pour motiver bon nombre de spectateurs à profiter d’avant-premières pour voir ce film animé autour de Spider-Man, comme moi. Et pourtant, les trailers n’étaient que peu représentatifs de la claque visuelle que propose Spider-Man : Into the Spider-Verse. Tout fonctionne à merveille dans l’imagerie du long-métrage. L’effet comics appliqué à la totalité du film, notamment visible lors des gros plans sur les visages des personnages, inscrit cette origin story de Miles Morales dans une sorte de motion comics du plus bel effet. D’ailleurs, le film s’amuse avec les codes des comics et ce, dès le tout début du film en faisant apparaître le célèbre logo Approved by the Comics Code Authority. Le film invoque à plusieurs reprises le comics en son sein, toujours avec justesse dans le but de relier les péripéties qui s’y déroulent à des histoires déjà existantes sur papier ou pour créer des gags autour du médium. Cette conscience d’être une adaptation libre de comics de super-héros dont dispose Spider-Man New Generation lui permet même de convoquer de réelles histoires pour raconter synthétiquement les authentiques origin stories des différents personnages présents dans le film. Le recul dont font preuve Bob Persichetti, Rodney Rothman et Peter Ramsey, les réalisateurs vis-à-vis de leur création rend possible toutes les fantaisies d’utilisation des comics au sein du long-métrage, sans paraître forcées ou rocambolesques. L’intégration du comics au sein de la diégèse se fait naturellement et permet à Miles de comprendre ses pouvoirs à la suite de sa morsure.

Toujours d’un point de vue visuel, les effets de type glitch qui se manifestent dès le début du film puis de manière plus justifiée et poussée dans le long-métrage se montrent resplendissants. Les anomalies s’intègrent parfaitement à l’univers urbain et artificiellement lumineux de Brooklyn pour donner un monde hybride, affecté par le dérèglement d’univers parallèles que Miles Morales et ses compagnons vont devoir résoudre. Le film animé permet toutes les excentricités, et on s’y donne ici visiblement à cœur joie pour le plus grand plaisir de nos pupilles ébahies !

Au-delà des décors, les personnages profitent aussi d’un soin tout particulier. Chaque Spider-personne se caractérise par un style graphique singulier, leur permettant de se détacher du reste des personnages. A titre d’exemple, Peni Parker et son robot-araignée sont animés dans une sorte de 3D rappelant les animes asiatiques. Le plus impressionnant visuellement reste paradoxalement Spider-Ham (ou Spider-Cochon si vous préférez la version française, ou que vous êtes incroyablement fan des Simpsons, le film) animé dans une 3D mimant les dessins animés dans la veine de Tex Avery ou des Looney Tunes. Ce héros comique et absurde au possible profite même de bruitages exclusifs, accentuant son appartenance à un univers cartoonesque. Tous ces styles différents déployés pour Peni Parker, Spider-Ham et pour le Spider-Man Noir cohabitent aisément avec le style d’animation du trio de personnages principaux, plus conventionnel graphiquement parlant.

Notons également, qu’en plus d’intégrer des personnages d’horizons variés à son univers, Spider-Man : Into the Spider-Verse propose des designs alternatifs étonnants mais convaincants de personnages bien connus de l’univers du Tisseur. Le plus significatif paraît être Olivia Octopus venant remplacer le célèbre Otto Octavius tout en partageant tout de même son alias : Docteur Octopus. Malgré l’effort louable de créer de nouvelles formes à des ennemis emblématiques de Spider-Man, l’utilité proche de zéro de certains antagonistes aux looks pourtant imposants reste regrettable, surtout lorsqu’il s’agit sans doute de l’ennemi le plus connu de l’Homme-Araignée. Heureusement que le Caïd, principal méchant du film, se montre vraiment menaçant et impitoyable. Son implacable ambition camoufle de profonds remords intimistes qui le motivent à agir de la sorte.

Wilson Fisk n’est pas le seul personnage gravitant autour de Miles profitant d’un développement abouti et captivant. Parmi la masse de Spider-Men, Peter B. Parker présente la vision du statut de super-héros la plus fragilisée et la plus intéressante par conséquent. Être humain profondément lassé, épuisé par sa vie de super-héros qui a détruit sa vie sociale et amoureuse, il endosse tant bien que mal le rôle de maître pour apprendre à Miles à être lui aussi un Spider-Man. Ce personnage tragi-comique, tourmenté me semblait fait pour être incarné par Nicolas Cage, afin de créer une analogie pertinente entre lui et cet acteur trop déprécié. Finalement, il est réduit au rôle du sympathique mais effacé Spider-Man Noir. Néanmoins, ce rôle minime permet tout de même au neveu de Francis Ford Coppola de plaisanter gentiment sur son statut et sur sa relation houleuse avec les super-héros sur grand écran.

Il est évident que le parcours initiatique de Miles Morales en tant que Spider-Man en herbe constitue le cœur du propos du film. Pourtant, le long-métrage n’oublie pas le reste des Spider-personnes, qui disposent chacune de leur moment de gloire plus ou moins long et marquant. L’imagerie et les musiques que l’on pourrait qualifier de “Hip-hop” correspondent bien à Miles Morales, jeune issu d’un milieu populaire évoluant dans une école élitiste qui ne lui correspond pas. De plus, le titre Sunflower de Post Malone et de Swae Lee possède le mérite d’avoir été habilement intégré à l’univers diégétique du film.

L’humour indissociable du personnage de Spider-Man se voit enfin correctement retranscrit à l’écran, les vannes de Miles et de Peter se révèlent efficaces car disséminées avec parcimonie. Cet équilibre permet de renfoncer le drame et la tension grâce à l’humour abondant sans pour autant être forcé. Autrement dit, le rire accentuent les larmes et l’effroi de manière relative cependant, car il ne faut pas oublier que le film se destine tout de même à un public jeune.

Spider-Man : Into the Spider-Verse peut être perçu comme le messie des adaptations de comics au cinéma. Personne ne s’attendait à un tel engouement, pas même Sony avant que la première bande-annonce ne sorte. J’en suis certain. Dans tous les cas, cette hype est entièrement méritée tellement le film se montre appréciable en tout points. Visuellement sublime, le long-métrage ne tombe pas dans l’écueil de la jolie coquille vide pour autant car son scénario se révèle dense et passionnant. Tous les Tisseurs invoqués dans le film brillent par leur singularité, que ce soit d’un point de vue graphique ou de leur personnalité. Malheureusement, il n’en est pas de même pour les vilains, dont la majorité finissent par faire partie du décor malgré des apparences originales. Tous les éléments scénaristiques, même les plus anodins, sont revitalisés au fil du film. De l’efficacité du scénario découle le fait que certains twists perdent en efficacité et deviennent parfois même prévisibles, voire complètement révélés dans la bande-annonce. Le film se moque gentiment des stéréotypes super-héroïques, notamment autour de Spider-Man et du concept même de Spider-Verse. Cette autodérision est cristallisée dans la scène post-générique, l’une des meilleures que j’ai pu voir depuis que ce procédé s’est imposé comme une norme pour les films de super-héros.  En quelques mots, on a ici l’une des meilleures origin stories jamais racontées, proposant une histoire originale respectueuse des comics dont elle s’inspire, retranscrivant comme il se devait depuis trop longtemps l’humour de Spider-Man. Spider-Man New Generation s’impose même comme l’un des meilleurs films super-héroïques tout courts, qui saura conquérir le cœur des fans les plus jeunes comme des plus experts.

Cette critique est désormais terminée, même si j’aurais aimé ne jamais la quitter tellement j’ai apprécié parler de ce film prodigieux ! :p N’hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé, le film sort partout demain au moment où l’article est publié. ^^ Sur ce, je vous souhaite bon courage si vous devez aller le voir en version française, ce qui sera très probablement le cas, et je vous retrouve très vite pour d’autres articles. 😉

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