[Review] Brigands & Dragons Tome 1 : Le récit efficace par excellence

[Review] Brigands & Dragons Tome 1 : Le récit efficace par excellence

La fantasy est un genre existant depuis des décennies et dans tous les arts. De ce genre découle de nombreux sous-genres rajoutant des caractéristiques précises au postulat de base. Elle peut présenter un univers très pessimiste et violent dans la dark fantasy dans des œuvres comme Berserk, La Légende de Drizzt ou dans Conan le Barbare. L’histoire peut aussi être abordée, au contraire, de manière plus humoristique, légère dans la light fantasy comme dans les Annales du Disque-Monde. Bien sûr, ces classifications ne sont pas des cases hermétiques, cloisonnant les récits dans une seule appellation. Ainsi, en fonction du nombre de personnages principaux, les histoires appartiennent également au genre de l’heroic fantasy, quand elle se focalise sur un petit groupe généralement composé de deux ou trois héros, ou dans la high fantasy, dans laquelle l’œuvre s’intéresse au parcours de groupes plus imposants, comme dans Le Seigneur des Anneaux. Si j’ai décidé de faire quelques recherches sur ces sous-genres littéraires et de vous les partager, c’est pour pouvoir classer au mieux le comics dont nous allons parler aujourd’hui. Édité par HiComics, Brigands & Dragons, en plus de parodier le nom d’un des plus célèbres jeux de rôle, peut se placer dans la light fantasy par son humour omniprésent et dans l’heroic fantasy puisqu’il ne se focalise que sur un quatuor de personnages. Les présentations étant faites, passons au crible ce comics scénarisé par Sebastian Girner, connu également pour Shirtless Bear-Fighter aussi édité par HiComics, et illustré par Galaad.

Luvander, une chasseuse de trésors profondément matérialiste au tempérament bien trempé et au look atypique, se retrouve embarquée par un concours de circonstances dans la quête du légendaire Dened Lewen menée par l’insouciant prince Aki, accompagné de la taciturne et suspicieuse guerrière Koro et de la bienveillante naine Dorma. Ce petit groupe va apprendre à se connaître, tandis que des obstacles et des ennemis mystérieux se placeront au travers de leur chemin !

Le maître mot du premier tome de Brigands & Dragons me semble être « efficacité ». L’introduction du comics illustre cette maîtrise scénaristique et rythmique. Au sein du premier chapitre, tous les personnages principaux sont présentés et l’intrigue s’y élance naturellement. Le caractère de chacun des protagonistes se trouve déjà posé, le lecteur dispose déjà de toutes les clés en main pour pleinement apprécier cette aventure traditionnelle et captivante. Les compagnons de Luvander se voient dotés d’un objectif clair à accomplir. La supposée urden, espiègle et brut de décoffrage, semble enfouir de nombreux secrets. Le premier tome plonge le lecteur dans une aventure naissante, tout en laissant en suspens des pistes à explorer à l’avenir. L’étrange chasseur traquant Luvander coûte que coûte en est le parfait exemple. Pour l’instant, il n’est invoqué qu’avec parcimonie, telle une ombre dont la menace plane et s’intensifiera probablement dans la suite de l’histoire. Sans rien savoir de lui pour le moment, sa puissance et sa détermination sont déjà mises en valeur dans ces rares interventions.

Le style graphique enfantin de Galaad constitue l’une des forces de ce récit. Assez épuré et mignonnet, il brille surtout par sa polyvalence. Qu’importe la tonalité des scènes montrées, qu’elles soient épiques, comiques ou dramatiques, le dessin leur donne un réel impact, une contenance insoupçonnée. De plus, l’efficacité du style de Galaad est décuplée par la colorisation. Le découpage opérationnel laisse quelques fois sa place à de somptueuses pages oniriques, mêlant couleurs chaudes et froides pour magnifier le merveilleux qui s’en dégagent.

 brigands et dragons dream

L’atmosphère de Brigands & Dragons se rapproche, par son design, des films d’animation Dragons. Tous deux proposent une direction artistique maîtrisée, allant à l’essentiel pour raconter des aventures appréciables par tous.

Le récit partage quelques similitudes avec Dragons, mais je pense qu’il est encore plus proche de Rayman Legends. Comme dans ce jeu, Brigands & Dragons accorde une place de choix pour un humour gentillet et intemporel. Bien que tous les gags ne soient pas des pépites d’originalité ou de subtilité, ils s’intègrent tellement bien à l’histoire et servent efficacement la caractérisation des personnages qu’il est impossible de ne pas sourire à plusieurs reprises. La discussion après l’éboulement de l’entrée du Dened Lewen m’a bien fait rire tant la situation, maintes fois vues et revues, se voit utilisée à bon escient.

Je vous laisse le plaisir de découvrir la scène dans l’obscurité par vous-même ! 😉 A la place, je vous laisse une autre blague “distinguée”.

Les personnages, à défaut d’être réellement originaux, se montrent attachants. Le groupe d’aventuriers paraît assez stéréotypé et potentiellement inintéressant aux premiers abords. Finalement, au fil du récit, ces chasseurs de trésors plus ou moins improvisés se révèlent suffisamment caractérisés pour devenir réellement attachants. Une véritable sympathie se dégage du prince Aki et de Dorma, ce qui donne irrémédiablement envie de s’intéresser à eux, de les suivre dans leurs péripéties. L’optimisme innocent, naïf du prince et la bonne humeur invariable de la naine prêtent à sourire. Par leur personnalité bienveillante, ils deviennent immédiatement attachants, ce qui donne envie au lecteur de voir ce petit groupe réussir. Luvander, par son manque de retenue et sa force à la source mystérieuse, se rapproche du personnage de Natsu du manga Fairy Tail. En plus de partager un goût commun pour la fantasy, ces deux oeuvres proposent toutes deux un protagoniste étroitement lié aux dragons. Toutefois, la relation entre Luvander et cette race légendaire paraît bien plus sombre et source de tourments que pour Natsu.

En effet, derrière la bonne humeur générale se cache des vécus torturés, assombrissant le ton du récit. La froideur et la droiture de Koro résultent d’une vie placée littéralement dans l’ombre du prince. Comme les membres de sa famille avant elle, Koro ne vit que pour protéger la lignée royale en sacrifiant sa propre existence. De ce fait, elle n’éprouve que méfiance et mépris pour Luvander, vagabonde rêveuse et pleine d’espoir. Dans le même ordre d’idées, Dorma poursuit un objectif sombre, tranchant complètement avec sa personnalité enjouée et délicate. Malgré les a priori qui peuvent se profiler en découvrant l’équipe de Luvander, ses membres profitent finalement d’un développement abouti et cohérent, offrant à chacun une personnalité et un véritable background travaillés.

Le contraste de traitement entre Aki et Koro est explicite ici. Le prince est béni par sa famille aimante pendant que les parents de Koro la sermonnent et lui rappellent sa mission.

Le peuple d’Aki et de Koro, l’empire des sables écarlates, représente une vision fantasmée, exotique de l’Orient typique de la littérature de la fin du XIX ème siècle notamment. L’affinité naissante entre Luvander et Aki symbolise l’ouverture à l’Autre. Brigands & Dragons, par sa relation amoureuse en germe, véhicule des valeurs louables de respect et de tolérance.

Là où Brigands & Dragons n’aurait pu être qu’une histoire banale baignée dans l’heroic fantasy, il se révèle être une lecture fluide et passionnante. L’efficacité scénaristique et visuelle du titre impose le respect. A défaut de présenter des éléments profondément novateurs, les auteurs se contentent de proposer un récit captivant, une aventure déjà dense maîtrisant les codes de la fantasy. Ce premier tome introduit ses personnages et son intrigue avec justesse. La maîtrise du rythme permet également de faire réellement avancer l’aventure des héros tout en les caractérisant suffisamment pour les rendre intéressants et attrayants. Enfin, ces premiers chapitres disséminent des éléments narratifs qui serviront vraisemblablement la suite de l’histoire. Tout lecteur en quête de récits de fantasy plaisants peut se jeter les yeux fermés sur l’œuvre de Sebastian Girner et de Galaad tant elle propose une ambiance et une histoire funs et maîtrisées !

Cette review est désormais terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu. ^^ Je remercie HiComics de nous avoir fait confiance en m’envoyant Brigands & Dragons, je suis très heureux d’avoir pu découvrir cette très bonne surprise ! Sur ce, je vous dis à bientôt pour de nouveaux articles !

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