[Review] Bronze Age Boogie #1 & Major Ursa #1 : La nostalgie comme source d’inspiration

[Review] Bronze Age Boogie #1 & Major Ursa #1 : La nostalgie comme source d’inspiration

Vous ne trouvez pas que ça fait longtemps que nous n’avons pas parlé d’un nouvel éditeur ? Ah, vous aussi ! Laissez-moi donc vous présenter un tout jeune éditeur américain répondant au doux nom d’Ahoy Comics ! Lancé par le journaliste satirique Hart Seely, l’artiste Frank Cammuso et les cofondateurs de Vertigo, l’imprint “adulte” de DC, Tom Peyer et Stuart Moore, ce nouvel éditeur cherche à imposer un nouveau standard en terme de publications de comics aux États-Unis. En effet, il mise sur les magazines de comic books, proposant en leur sein des histoires de tout genres imaginés par des artistes talentueux d’horizons divers accompagnées de bonus variés : des notes des auteurs concernant leurs projets, des essais, de la poésie. Vous l’aurez compris, il y a de quoi faire !

De nombreux artistes ont été commissionnés pour participer à l’aventure Ahoy Comics, parmi lesquels des grands noms de l’industrie : Grant Morrison, Darick Robertson, Elsa Charretier, Peter Milligan pour ne citer qu’eux. Parmi tous ces créateurs, certains fondateurs de la maison d’édition proposent eux-mêmes des récits. C’est d’ailleurs le cas pour le comics qui nous intéresse aujourd’hui !

En effet, Bronze Age Boogie se présente comme une histoire délirante imaginée par Stuart Moore, auteur de Wolverine Noir, de Zodiac Legacy avec Stan Lee. Il est aussi à l’origine de la novélisation du crossover Marvel Civil War et du film John Carter. La création de ce nouvel organisme d’édition semble l’enthousiasmer et le motiver puisqu’il scénarise déjà trois séries estampillées Ahoy Comics ! Il est accompagné aux dessins par Alberto Ponticelli, que vous avez déjà pu croiser sur Soldat Inconnu ou sur UN3 : Urgence niveau 3, deux œuvres écrites par Joshua Dysart.

Les présentations auront été conséquentes, je vous l’accorde. Puisqu’elles sont terminées, passons au vif du sujet !

Bronze Age Boogie se focalise en partie sur Brita Constantina, une jeune guerrière et fille du roi Constantine. Ses affrontements répétés avec des mages mobilisant des armées de dinosaures zombies et de créatures mortes-vivantes pour se rendre à la Taboo Zone préoccupe la barbare. Toutefois, elle est surtout fascinée par le futur que lui raconte Sniffer Ape, un singe venant de presque 2000 dans le futur et doté de parole !

Je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais vous pouvez déjà constater que le pitch du titre a le mérite d’être déjanté et excentrique. Les influences, que revendique Moore dans la note qui suit ce premier chapitre, sont diverses et aboutissent à un résultat déroutant. L’heroic fantasy typique de Conan le Barbare se retrouve embarqué dans un récit à base de voyages temporels, l’amenant à côtoyer une ambiance disco très 70’s et une attaque extraterrestre à la Guerre des mondes. Là où des récits comme Brigands & Dragons choisissent de s’éloigner des stéréotypes de l’heroic fantasy, Bronze Age Boogie les exploite sans vergogne en proposant un affrontement titanesque placé sous le signe de la testostérone, des grosses épées et de la magie. Prévisible ne signifiant pas inintéressant, cette bataille a surtout le mérite d’être efficace. Elle permet à l’auteur de se faire plaisir en plaçant quelques caméos sympathiques, mais aussi et surtout de présenter son héroïne à travers ses pensées tout en étant physiquement active.

La concernant, un détail anodin m’a d’ailleurs interpellé. Bien que sa vie se déroule vers les -2000 avant Jésus-Christ, Brita s’exprime comme une adolescente de nos jours. Ce choix discutable peut être en partie justifié par son amitié avec Sniffer Ape, un voyageur temporel primate au langage actuel et fleuri. Toutefois, je ne suis pas spécialement convaincu par cette explication et trouve regrettable d’entendre une jeune guerrière qui aurait pu être la contemporaine de Xena, parler de pizzas ou insulter ses adversaires de nerds.

La partie graphique assurée par Ponticelli fonctionne bien, surtout accompagnée par les couleurs de Giulia Brusco. Les scènes d’action profitent d’un dynamisme agréable. Les animaux, qu’ils soient des chevaux ou des tyrannosaures zombifiés, sont particulièrement réussis. Les personnages simiesques disposent, quant à eux, d’un côté assez effrayant, rappelant celui imaginé par Mark Millar dans Superior. Cependant, je ne suis pas convaincu que cet aspect soit volontaire. En tout cas, les détails abondants apportés à leurs expressions faciales les rendent parfois dérangeants.

Les sbires démoniaques des mages sont tout aussi réussis que leurs montures cadavériques. La qualité globale des illustrations se retrouvent malheureusement entachée par une faiblesse visible dès la couverture du numéro. Alberto Ponticelli paraît assez peu à l’aise avec les visages humains. Cette lacune se manifeste à plusieurs reprises, aussi bien sur Brita que sur son père. Sans pour autant ruiner le travail du dessinateur, certains visages piquent les yeux.

Deux visages… Hasardeux.

Il est évident que Stuart Moore compte bien s’amuser avec un postulat aussi barré. Le potentiel de la série se profile véritablement à la fin du chapitre. Il sera donc nécessaire de lire le chapitre suivant pour me faire un avis définitif sur Bronze Age Boogie. Sans être mauvais, le titre n’est pas parvenu à me convaincre totalement. Le postulat de base, bien qu’étonnant, reste finalement assez classique et réemploie des situations peu originales.

La review pourrait s’arrêter là mais, si vous avez suivi, vous savez qu’il reste encore de la matière à traiter dans ce numéro ! Passons donc à une rapide critique de Major Ursa, écrit par Tyrone Finch et dessiné par Mauricet, que j’avais eu la chance de rencontrer au Roubaix Comics Festival !

Promis, on en parlera… Plus de deux mois après certes, mais on en parlera !

Les deux artistes nous proposent de suivre Elvis, un ours bon vivant envoyé dans l’espace. Il est supervisé et cajolé par Selma, une scientifique officiant sur la base spatiale de Cape Canaveral. Cette complicité rend fou de jalousie son ex-mari, un pilote prévu à l’origine pour la mission et finalement remplacé par Elvis.

Décidément, les auteurs de ce numéro aiment les animaux et l’espace ! Là aussi, le concept de la série a de quoi faire sourire. Pourtant, j’ai pris un réel plaisir à feuilleter les quelques pages de ce premier chapitre. La relation entre Elvis et Selma se révèle étonnamment touchante, surtout mise en parallèle des interactions musclées entre elle et son ex-mari. Les vannes de la scientifique à l’égard de son ancien conjoint fussent et fonctionnent assez efficacement pour décrocher un sourire au lecteur. Le dessin assez enfantin de Mauricet rappelle les comics Archie et les travaux de Darwyn Cooke ou d’Elsa Charretier. Une vibe Hannah-Barbera, fleurant bon la nostalgie fondamentale au numéro dans sa globalité, émane de son trait.

Si la lecture de Major Ursa est si plaisante, c’est grâce à la symbiose de l’équipe créative. Tyrone Finch donne à lire une histoire incongrue, qui rappellera d’ailleurs le début de certains Quatre Fantastiques, aux frontières du ridicule et de l’invraisemblable. Grâce à ses illustrations, Mauricet rend crédible et plaisant ce récit aux fondations connues. Le cliffhanger final promet nombre de situations cocasses qui pourront renforcer l’humour déjà bien présent dans ce premier chapitre.

En définitif, je serais plus enclin à vous conseiller la lecture de Major Ursa que de Bronze Age Boogie. Alors que la série principale n’a pas encore révélé son plein potentiel et s’embourbe dans quelques clichés malvenus, la mini-série de Finch et Mauricet parvient à s’en jouer habilement pour offrir au lecteur une histoire fun et potentiellement comique. La nostalgie anime les deux séries, mais n’est pas exploitée de la même manière.

Cette review est désormais terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu. ^^ Si le concept de publication d’Ahoy Comics vous intéresse, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à leur site pour découvrir toutes leurs séries en cours !

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