[Review] Eleanor & The Egret #1

[Review] Eleanor & The Egret #1

Ah, Paris ! La ville du love, de la mode, du raffinement, d’Amélie Poulain… La capitale française représente également une pierre angulaire du monde de l’art mondial. Nid d’œuvres extraordinaires, la ville Lumière attise aussi la convoitise des plus prestigieux cambrioleurs à l’instar d’Arsène Lupin ou, de notre héroïne du jour, Eleanor. En effet, avec son héron parlant, la jeune fille est parvenue à dérober L’histoire de votre cœur, le sensationnel tableau d’Anastasia Rüe. Suite à cette fâcheuse disparition, le détective Gilbert Belanger est commissionné pour résoudre le mystère ! En voilà un très bon synopsis d’épisode de Scooby-Doo dis donc !

Cette enquête policière teintée de fantastique émane des esprits de John Layman, qui n’est autre que le papa de Tony Chu, l’un de mes comics préférés, et de Sam Kieth, le créateur de The Maxx et l’illustrateur d’Arkham Asylum Madness ou de Wolverine/Hulk. En d’autres termes, ce titre paru chez Aftershock Comics n’est pas le résultat d’une collaboration d’illustres inconnus. Néanmoins, je n’avais aucune attente particulière envers ce premier chapitre car je n’avais même pas remarqué que Layman l’avait co-créé et scénarisé. Mais voilà, la réunion de bons artistes autour d’un projet commun ne signifie pas pour autant que le résultat sera à la hauteur, nous en avons déjà fait les frais avec Gigantomachia et Japan par exemple, deux manga décevants pourtant signés par Kentaro Miura (Berserk) et Buronson (Hokuto no Ken) ! De ce fait, plongeons dans les rues parisiennes au côté d’Eleanor sans plus tarder pour constater la qualité de l’alliance Layman/Kieth.

Le premier détail frappant à la lecture d’Eleanor & The Egret, c’est la passion des auteurs pour Paris. Enfin, pour une version fantasmée et assez stéréotypée de Paris. Costumes somptueux, galerie d’art et antiquaire, la vie de tous les parisiens se voit ici retranscrit à la perfection. Évidemment, je me moque gentiment de ces clichés. Le logo et la couverture du comics annoncent la couleur : Adèle Blanc-Sec n’a qu’à bien se tenir ! Et pourtant, à côté de ces costumes typiques d’époque, Eleanor porte aussi des vêtements plus basiques. J’en conclus donc que le cadre parisien du récit représente pour Layman et Kieth l’occasion idéale de s’adonner à la création de ce genre de costumes. La cohabitation de tenues de tout temps, associée à des décors extérieurs psychédéliques, participe à l’ambiance particulière du titre. Ce récit mélange les genres et raconte une histoire à la fois fantastique et potentiellement amoureuse gravitant autour d’un cambriolage surréaliste. Sa narration se révèle d’ailleurs assez ingénieuse et intéressante. Plutôt que de vivre frontalement le rocambolesque vol, le lecteur le découvre au fur et à mesure, en même temps que le détective et de son étrange chef qui l’accompagne.

Les trois personnages principaux, avec le héron qui parle, semblent pleins de ressources et promettent de sacrés rebondissements. Eleanor comme le détective paraissent capables d’assumer plusieurs rôles, de miser sur le paraître pour sauver les apparences et se faire passer pour des personnes qu’ils ne sont pas en vérité. Bref, faux semblants et déguisements animeront probablement la suite du récit qui s’annonce déjà perché !

Le style graphique déployé par Sam Kieth offre un certain cachet au titre et se révèle complètement cohérent avec son propos. Parfois assez dépouillé et avare en détails, le design du personnage d’Eleanor s’est vu rapproché plusieurs fois de celui de Charlie, célèbre héros d’Où est Charlie. Conscient ou pas, le rapprochement me paraît bienvenu puisque la jeune femme est une fugitive, une voleuse recherchée par la police.

L’artiste s’emploie à user de différentes méthodes pour signifier les états d’esprit des personnages. Par exemple, des traits viennent perturber les contours d’Eleanor et du détective chez l’antiquaire, traduisant ainsi le quiproquo de leur conversation et le malaise ambiant qui en émane.

A l’inverse, Eleanor face au tableau d’Anastasia Rüe, dans sa robe blanche, adopte des airs fantomatiques et paraît même se confondre à la peinture.

Le premier chapitre d’Eleanor & The Egret ne s’enlise pas dans des détails superflus et plonge rapidement le lecteur dans son intrigue : une enquête autour du vol d’une œuvre d’art réputée à Paris. Le postulat de base n’a rien d’original, pas plus que la représentation fantasmée d’une capitale française régie par l’art et par les antiquaires. Malgré ces clichés, la relation ambiguë entre voleur et enquêteur ouvre la voie à de nombreuses situations comiques voire épiques. La présence du héron parlant qui partage avec Eleanor la vedette représente un réel ressort comique, trop peu exploité dans cette introduction. Les illustrations aux styles variés de Sam Kieth prolonge l’aspect délirant et absurde du scénario de John Layman, moins barré qu’avec Tony Chu mais qui s’annonce tout de même bien perché. Cette introduction présente avec justesse le nécessaire pour plonger le lecteur dans son récit tout en lui donnant envie de lire la suite, de découvrir les pérégrinations d’Eleanor et de son héron volant et de L’histoire de votre cœur sous le bras ! Cet achat quelque peu compulsif s’est finalement révélé être une vraie bonne surprise, avec une histoire convaincante et un parti-pris graphique assumé étonnant.

Et voilà, j’espère que cette review placée sous le signe de la Tour Eiffel vous aura plu. :p Je ne m’attendais honnêtement pas à un récit aussi palpitant lorsque j’ai décidé de m’y attarder. Comme quoi, les prises de risque peuvent parfois se révéler payantes. ^^ Sur ce, je vous dis à bientôt pour de prochains articles, des bisous !

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