[Review] Hunter x Hunter – Arc Succession Contest : chapitres 340 à 390

[Review] Hunter x Hunter – Arc Succession Contest : chapitres 340 à 390

Hunter x Hunter, par sa longévité remarquable, se hisse au panthéon des mangas qui n’ont plus à faire leurs preuves et qui ont marqué le célèbre Shonen Jump où ils ont commencé leur publication au même titre que Dragon Ball, One Piece ou My Hero Academia. En dépit de l’écart de popularité entre l’œuvre encore inachevée de Yoshihiro Togashi et les mangas précédemment cités, il continue tout de même de conquérir le cœur de fans au fil des années, particulièrement depuis la diffusion de son adaptation animée sur Netflix.

J’avais personnellement commencé l’aventure il y a longtemps avec l’animé de 1999 qui s’arrêtait à la fin de l’arc Greed Island, que l’on retrouve des tomes 13 à 18 ou des chapitres 120 à 185. Après une longue coupure, j’ai finalement repris le suivi des aventures de Gon et Kirua il y a quelques années en suivant l’anime de 2011 qui sublime le manga et se termine, pour sa part, à lui l’arc narratif de L’Élection, équivalent au contenu des tomes 30 à 32 ou des chapitres 319 à 339.

Puis, sans savoir réellement pourquoi, j’ai voulu me mettre à jour à nouveau. J’ai donc lu Hunter x Hunter sous sa forme originale étant donné qu’il n’y a pas d’autre solution que de lire les mangas, voire les scans pour les plus impatients, pour y parvenir. La suite de la saga que je m’apprête à critiquer débute avec le chapitre final du trente-deuxième tome édité par Kana en France, soit à partir du chapitre 340 pour les personnes n’ayant suivi que les séries d’animation, et n’est pas encore achevée à l’heure actuelle.

Quelle ne fût pas ma déception en terminant ma lecture et en constatant qu’aucun nouveau chapitre n’est paru depuis novembre 2018. L’état de santé préoccupant du mangaka, l’empêchant de poursuivre son œuvre à un rythme régulier, la range désormais du côté des mangas dont les initiés espèrent secrètement voir la fin sans trop d’espoir à l’instar de Berserk de Kentaro Miura. À titre de comparaison, Shaman King, qui a commencé sa pré-publication la même année que Hunter x Hunter, s’est achevé en 2004 et a depuis connu des suites sur papier en plus d’adaptations animées, dont une prévue pour avril 2021.

Mon chagrin s’avère d’autant plus intense que le manga n’en est clairement pas à son arc final et, au contraire, contient encore beaucoup d’histoires laissées en suspens à conclure à l’inverse, par exemple, de One Piece qui voit son apogée arriver doucement mais sûrement malgré la santé décadente de l’auteur Eiichiro Oda. Quoi qu’il en soit, les promesses de cet arc narratif, qui décuple drastiquement le potentiel de la série, s’accompagnent indéniablement d’une crainte de ne jamais les voir se concrétiser.

En effet, Yoshihiro Togashi prend le risque audacieux d’écarter de l’histoire ses deux protagonistes emblématiques : Gon et Kirua. Là où d’autres mangas se casseraient dangereusement les dents en essayant de relever ce pari hasardeux, la décision n’est finalement pas gênante dans le cas de HxH tant le mangaka a pris soin de développer son univers et ses personnages, principaux comme secondaires. Je ne ressens pas de sensation de manque, au point même de ne pas être outré ni choqué s’ils venaient à ne plus jamais réapparaître. Cela s’explique potentiellement par le retour de nombreux autres personnages apparus tout au long du manga et dont nous n’avions pas pu apprécier la présence depuis d’interminables années compte tenu de la longévité de l’imposant arc Chimera Ants, s’étendant du chapitre 186 au 318, rien que ça.

Ainsi nous pouvons apprécier le retour de Kurapika et de Leolio, les deux autres personnages qui forment le groupe de héros avec les protagonistes déjà cités auparavant. Le rôle qu’ils vont acquérir au sein de l’univers de HxH les rend totalement indispensables pour ce dernier, au point de devenir responsable de l’équilibre du monde en intégrant une des plus hautes instances politiques. Malgré ce regain d’importance pour ces personnages, Leolio reste encore et toujours bien moins exploité que les autres à mon goût.

Outre ces deux premiers personnages, le lecteur aura aussi le plaisir de retrouver le personnage d’Hanzo, mis en scène dès le chapitre 6 mais complètement délaissé depuis le premier arc, ainsi que Senritsu, apparu chapitre 45, qui sera également de la partie. Bien d’autres encore reviendront dans le même temps et tous s’uniront, sans même vraiment se connaître, afin de combattre pour une cause plus grande comme s’ils avaient toujours formé un corps d’armée symbiotique.

Force est de constater que ce groupe fonctionne en dépit de son caractère inédit et insolite.  La pression d’une erreur fatale force et ancre durablement la cohésion de groupe sans que l’amitié n’ait à entrer dans l’équation. Les pièges et la trahison étant au cœur de l’arc Succession Contest, on ne sait sur quel pied danser concernant la majorité des personnages. Excepté Kurapika qui mérite le titre de nouveau personnage principal, les nouveaux venus s’avèrent plus intéressants que les anciens héros, sans doute à cause de cette part d’ombre qui flotte sur eux. La quasi-totalité des personnages déployés sont inédits, mais toute la suite du manga va tourner autour des 14 héritiers et de leurs trop nombreux gardes du corps bien plus mis en avant que les autres. Inéluctablement, de tout ce beau monde ne subsistera qu’une personne après une bataille acharnée. 

Il semble que l’auteur possède cette capacité phénoménale de focaliser le spectateur autant que ses personnages sur l’instant présent, en lui permettant de délaisser provisoirement les intrigues mise en attentes au profit de nouvelles péripéties immédiates sans crainte de frustrer ou de perdre son lectorat. À ce sujet, Hunter x Hunter balaye la linéarité scénaristique et préfère proposer de nombreuses ramifications narratives autour de son fil conducteur initial. Rien que dans l’arc actuel de la Guerre de succession, le lecteur oublie aisément la découverte d’un nouveau monde pour se concentrer sur une guerre de succession avant que cette dernière soit elle-même mise de côté afin de suivre une chasse à l’homme croisant ensuite la route d’un conflit secret entre diverses mafias.

Bien sûr, une échelle d’importance s’esquisse entre ses événements dès lors qu’une prise de recul sur ceux-ci est effectuée. Néanmoins, le lecteur se retrouve tellement absorbé par chacune de ces sous-intrigues qu’il n’y prête nullement attention et en savoure l’avancée avec un plaisir équivalent. L’implication constante constitue une grande force du manga. Sa grande faiblesse réside dans sa description constante, au risque parfois de perdre le lecteur face à un surplus d’informations à retenir, tant en termes de personnages que de lieux ou de situations. Cette envie perpétuelle d’étendre l’univers du manga peut être rédhibitoire pour les néophytes craignant de ne jamais en voir le bout, d’autant plus en connaissant l’état de santé du mangaka cinquantenaire.

Depuis le début de son œuvre, l’auteur présente sans cesse de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux ainsi que des pouvoirs inédits tout en mettant constamment à jour la situation géopolitique de sa diégèse. La quantité d’informations à intégrer se révèle tout simplement astronomiquement affolante. Il n’est pas rare de ne pas tout assimiler et même de se perdre au fil de la lecture.

Étant donné que des éléments sont continuellement expliqués, l’acte de lire, le mot occupe une place primordiale, parfois au détriment des illustrations. Il n’y a que peu de place accordée à la contemplation, certaines pages ne possèdent quasiment aucun dessin, laissant leur place à une masse abondante de texte. Je me suis surpris à parfois passer des cases entières tant je saturais de la lecture pour finalement revenir en arrière et céder au besoin d’acquérir de nouvelles connaissances parce que je n’avais pas totalement compris tout ce qui pouvait se passer entre mes mains.

hxh texte
Les blocs textuels assommants prennent complètement le pas sur les dessins, au point de se croire face à un roman graphique.

Pour les personnes venues assister à des combats dynamiques et percutants dans la pure lignée des shōnens et qui n’ont pas la patience de lire des tas de blocs textuels, la lecture ne pourra que s’avérer pénible et un abandon ne m’étonnerait guère. L’action est présente dans Hunter X Hunter, mais elle ne se débloque qu’après une contextualisation exhaustivement dense.

Même si les dessins sont souvent délaissés au profit d’informations écrites, la partie graphique reste qualitative bien qu’elle soit plutôt minimaliste. Pour autant, certaines planches paraissent parfois bâclées, Togashi gribouillant le décor et ne dessinant que la silhouette des personnages sans s’appliquer.

Effort minimal sur certaines planches, assez pour être scandalisé à raison par la fainéantise déployée.

Néanmoins, les illustrations peuvent être hautement plus soignées quand il le veut bien. Quand les décors doivent être soignés, pour servir ce que vit le personnage ou pour amorcer une interaction future, ils le sont définitivement. Certains dessins possèdent une véritable puissance évocatrice. Habituellement quand un combat se déroule dans un shōnen, l’action de frapper un adversaire relève de l’habitude et ne marque pas le spectateur qui tourne promptement la page pour voir la suite de l’enchaînement.

Au cours de ma lecture, un coup de poing dans le chapitre 343 m’a époustouflé tant on pouvait en ressentir la violence du choc. Je suis resté longtemps à scruter la case, pourtant assez simple voire anecdotique, allant même jusqu’à retourner la voir de temps à autre pendant que je continuais la lecture du volume. Quand une émotion doit être retranscrite, elle est reproduite intensément, de manière viscérale, et la qualité de ce type de scènes permet de compenser et de relativiser les parties moins abouties graphiquement.

Le coup est si détaillé et puissant que l’on pourrait croire une case de Hajime no Ippo !

À titre personnel, je suis fan de monstres géants et de créatures en tout genre. Sur ce point subjectif et précis, l’arc Chimera Ants ne m’a pas déçu. Les designs fantasques de ses bêtes en raviront plus d’un et ne seront pas sans rappeler d’autres œuvres. Par exemple, la bête de Nen du quatrième prince me fait penser aux créatures de Claymore tandis que d’autres rappellent les démons de Berserk ou encore, plus surprenamment, l’esthétique des Pokémons.

Ce n’est pas la première fois que Togashi alimente son œuvre grâce à des influences extérieures, je songe notamment à Meruem qui est le mélange de Freezer et Cell, deux antagonistes mémorables de Dragon Ball Z, ou encore Knuckle fusionnant en lui Josuke Higashikata et Okuyasu Nijimura, deux personnages de Diamond is Unbreakable, la quatrième partie de Jojo’s Bizarre Adventure. De plus, un vibrant hommage est rendu à l’œuvre de Hirohiko Araki lorsque Halkenburg se tire une balle dans la tête mais que le projectile est arrêté par sa bête de Nen. Les plus avisés auront la référence, et je ne la spoilerais pas précisément pour les néophytes ou les lecteurs par encore à jour dans JBA. Parfois même, sans crier gare, un personnage peut ressembler à un Popeye des années trente sans qu’il dénote des autres pour autant.

Au-delà de ce panorama non-exhaustif, il y a fort à parier que les fans les plus aiguisés en trouveront sans doute d’autres pour leur plus grand bonheur !

Sans être achevé, ce nouvel arc Succession Contest est d’ores et déjà l’un de mes favoris derrière, vous l’aurez sans doute compris, celui des Chimera Ants et celui de York Shin City, s’étendant du chapitre 64 au 119. Les personnages et les enjeux intégrés, saupoudrés de pouvoirs et de combats de plus en plus créatifs, me donnent l’eau à la bouche rien que d’en imaginer l’apothéose. Chacun des arcs précédant celui-ci y trouve une suite logique et ruisselle naturellement vers une même trame commune. Sans pour autant sonner la fin officielle de Hunter x Hunter, cet arc conclura assurément certaines intrigues irrésolues. Par son avalanche de personnages invoqués et d’enjeux spectaculaire, Succession Contest justifie l’accumulation importante de connaissances demandant aux lecteurs d’être les plus attentifs possible pour comprendre au mieux l’univers de la série.

Toutefois, je ne sais pas comment le considérer à l’aune de l’entièreté du manga. Sachant qu’aucune des intrigues mise en place ne dispose d’une conclusion à proprement parler, lire la suite de cette histoire, bien que très bien construite, pourrait laisser un goût amer si elle se retrouve contrainte à rester indéfiniment en suspens pour une raison diverse. Le plus judicieux resterait à mon sens de suivre Hunter x Hunter dès lors que sa publication retrouvera un rythme un tant soit peu régulier.

Connaissant le nombre de personnages, de capacités spéciales et d’objectifs explicités, je doute que les personnes ayant suivi l’histoire il y a plus de deux ans se rappellent exactement des tenants et des aboutissants le moment venu. De ce fait, même si l’arc à venir se présente comme l’un des plus ambitieux du manga, il est préférable de considérer la fin de l’anime de 2011, bien qu’elle soit largement plus construite comme une ouverture sur l’avenir qu’un réel épilogue, comme une fin hypothétique. Pas celle de tout Hunter x Hunter mais au moins le final du personnage de Gon dont l’aventure peut être considérée comme achevée. Qu’importe les plans de Yoshihiro Togashi pour l’aventure qu’il a débutée en 1998, je serais très peiné qu’elle s’achève prématurément tant il paraît avoir encore beaucoup de choses à raconter sur celle-ci.

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