[Review] Jungle Girl Omnibus

[Review] Jungle Girl Omnibus

Hello les petits amis ! Aujourd’hui nous allons parler d’un livre de chez Graph Zeppelin ! Cela fait un long moment que nous n’avions pas parlé d’un titre de chez eux, il est vrai. Depuis plus d’un an pour être précis !

Résolvons cet affront de la plus belle manière, en parlant d’un titre chapeauté par Frank Cho, un illustrateur particulièrement réputé et reconnu pour ses croquis de femmes plantureuses, dont les courbes généreuses ont su en faire réagir plus d’un ! L’artiste joue depuis longtemps avec le caractère polémique de ses œuvres les plus sulfureuses, aisément héritées des pin-ups. Le sketchbook The Book of Outrage et toute la série de dessins allant avec, reprenant et exagérant la polémique autour de la controversée Spider-Woman de Milo Manara, prouvent à eux seuls son attrait amusé pour les corps féminins en dépit de l’aspect sexiste que l’on peut assez facilement y déceler.

L’appréciation de son travail dépendra de la sensibilité et des convictions de chacun et chacune d’entre vous, et nous comprenons autant les arguments pouvant pousser à détester les planches de Frank Cho que ceux en sa faveur. Notre objectif ici n’est ni de trouver des excuses au penchant libidineux assumé de l’artiste ni de le diaboliser à outrance.

Néanmoins, le créateur américain né en Corée du Sud semble avoir délaissé la provocation depuis quelques temps au profit de dessins minutieux au stylo à bille découlant d’une étude anatomique poussée, mettant davantage en valeur les muscles des femmes représentées, habillées ou dénudées d’ailleurs, que leur sex-appeal artificiellement amplifié par des poses lascives.

Son dernier projet en date, Fight Girls, prévu chez l’éditeur AWA Studios à une date encore inconnue, qu’il scénarise et illustre, réunit les trois grandes passions de l’auteur qu’il revendique ouvertement comme le montre par exemple le post Facebook ci-dessous : les monstres, les femmes et les dinosaures.

Ces trois éléments se trouvaient déjà au cœur de Jungle Girl, un titre de 2007 édité dans un premier temps par Milady en France qui a ensuite été réédité dans un omnibus par Graph Zeppelin en 2019. C’est ce recueil que nous allons désormais passer en revue !

Taking a break from writing and recharging my battery. Going through my big pile of sketches lying around the studio…

Publiée par Frank Cho sur Lundi 23 novembre 2020

L’introduction de cette critique démontre bien que Cho était le plus à même de s’occuper d’illustrer un récit dont l’héroïne est une « Tarzan » féminine, épousant joyeusement tous les stéréotypes de la jungle girl ; sauvage, combative et vêtue d’une peau de bête ! L’hommage s’avère plus qu’évident et revendiqué comme en témoigne le nom de la protagoniste, Jana, quasiment décalqué sur celui de la compagne du roi de la jungle.

Toutefois, l’artiste n’opère ici qu’en tant que co-scénariste aux côtés de Doug Murray. Ce dernier, ancien sous-officier durant la guerre du Vietnam, a justement scénarisé The ‘Nam dans les années 80, un titre autour de ladite guerre édité par Marvel Comics et ayant duré quatre ans ! Il a également écrit une mini-série Red Sonja, déjà à quatre mains avec Frank Cho, ou Athena, une bande dessinée illustrée par notre Paul Renaud national et éditée en France par Delcourt.

Un autre dessinateur se charge de la partie graphique, en la personne d’Adriano Batista, dont le style semble découler d’une synthèse entre Arthur Adams et Frank Cho, naturellement. L’illustrateur brésilien a notamment travaillé sur beaucoup de titres du catalogue Dynamite Entertainment, parmi lesquels des comics dérivés de la licence Battlestar Galactica ou Jennifer Blood.

Tout ce petit monde s’est donc réuni pour narrer l’histoire de Jana, alias Jungle Girl, venant à la rescousse d’un groupe d’explorateurs en terrassant dinosaures, fauves, bêtes effrayantes, cannibales et bien d’autres dangers encore ! Le livre édité par Graph Zeppelin contient les deux premières « saisons » de Jungle Girl, c’est ainsi que sont segmentés les arcs narratifs. Cependant, le titre en contient une troisième encore inédite en France. L’appellation d’omnibus se révèle ainsi quelque peu trompeuse puisque le volume omet un tiers de l’histoire qu’il est censé compiler en intégralité, laissant le lecteur sur un cliffhanger frustrant dont il aurait pu voir le dénouement. Malgré ce manque déplorable, le livre sorti en avril 2019 propose quand même plus de 250 pages pour un prix assez modique de 19€. Le rapport quantité/prix reste donc plutôt honnête, mais qu’en est-il de la qualité contenue en son sein ?

Je ne vais pas vous mentir, je savais plus ou moins à quoi m’attendre en ouvrant ce livre rien qu’à la couverture signée Frank Cho : un scénario simpliste au possible, uniquement motivé par la possibilité de mettre en valeur la plastique de son héroïne jusqu’à plus soif. Pourtant conscient que je ne m’apprêtais pas à découvrir la lecture la plus intellectuelle de mon existence, Jungle Girl est tout de même parvenu à me surprendre, et pas à son avantage.

La première de couverture, sans pour autant nier le recours appuyé au male gaze pour intriguer, compense son aspect racoleur par une certaine ardeur guerrière, décelable dans le regard ou dans les muscles saillants de Jana et par sa lance. La nature sauvagement luxuriante finement représentée en arrière-plan, ponctuée d’une touche colorée grâce au perroquet exotique, participe également à pondérer son allure potache par d’autres qualités graphiques.

Malheureusement, l’équilibre entre plaisir érotique coupable et mauvais goût vulgaire s’est révélé d’assez courte durée. Si le fait de voir régulièrement Jana de dos, laissant son postérieur à la vue de tous par la même occasion, s’avère relativement justifié et compréhensible, les excès autour de son accoutrement plus que léger horripilent parfois. Beaucoup trop de cases n’existent que pour afficher frontalement les fesses de l’héroïne en gros plans. Ces zooms grossiers s’accompagnent très souvent de positions au mieux suggestives, au pire abusivement invraisemblables et inutiles.

Néanmoins, en dépit de cette trivialité attendue mais trop exagérée, la partie graphique du comics demeure très convaincante. Quand bien même Frank Cho n’intervient que pour les couvertures des différents chapitres, Adriano Batista s’en sort honorablement et offre une alternative visuelle émérite. Êtres humains, monstres et dinosaures sont superbement représentés.

Les deux coloristes se complètent bien pour appuyer les planches du dessinateur. Les couleurs plus nuancées et détaillées de Giovani Kososki renforcent particulièrement l’attrait des dessins de Batista et la grandeur menaçante des antagonistes monstrueux de la battante Jana Sky-Born.

Scénaristiquement parlant, Jungle Girl ne se veut ni mémorable ni complexe. Il s’agit très clairement d’une lecture misant avant tout sur le fun qu’elle peut apporter, sans prise de tête, qui vous occupera l’espace d’une soirée avant d’aller dodo ! L’humour, présent à petite dose, contribue à l’ambiance stupidement décomplexée du titre et rend la lecture d’autant plus agréable.

Ici, pas d’intrigue mirobolante, sinueusement construite. Le mindfuck n’est pas de la partie, bien au contraire. Le récit alterne successivement différentes péripéties résolues par la castagne, entrecoupées par des cases centrées sur le popotin de Jana. Ce schéma primaire se répète en boucle tout le long de l’album, l’idée étant évidemment de laisser la matière grise du lecteur passive pour lui laisser profiter au maximum de l’action affriolante proposée. À l’instar d’un blockbuster aussi spectaculaire que tendrement décérébré, Jungle Girl se présente comme un divertissement honnête, ne s’embarrassant que du strict minimum en termes de narration.

L’histoire se lit très rapidement grâce à l’enchaînement expéditif des situations mouvementées rencontrées par le groupe d’explorateurs escortés par Jana. De nombreux dangers viennent contrarier leur voyage : des dinosaures pour commencer, puis une tribu assez agressive. S’ensuivent entre autres des vers et des serpents géants, mais aussi des hommes-poissons ou des krakens, ainsi qu’un monstre marin encore plus gigantesque ! En bref, beaucoup d’adversaires, tous plus colossaux les uns que les autres, se dressent sur le chemin de la sauvageonne aux cheveux ambrés !

Contrairement à ce que laisse penser le nom original du comics et sa mise en avant dans la promotion de celui-ci, Frank Cho ne dessine pas le périple de Jana. Adriano Batista, qui assure la partie graphique de Jungle Girl, rend honneur aux différents dessinateurs qui semblent l’inspirer ; Cho en premier lieu, mais aussi Arthur Adams, Adam Hughes voire Eric Powell lorsqu’il représente des corps difformes. En définitif, l’artiste brésilien n’a pas à rougir de la comparaison et donne à voir des affrontements sensationnels opposant la pin-up de la jungle à toutes sortes d’antagonistes, humains ou animaux.

Jungle Girl réussit ce qu’il entreprend : proposer une aventure basiquement stéréotypée, dénuée d’originalité et de rebondissements surprenants, prétexte à croquer de manière graveleuse une héroïne physiquement enchanteresse. Assez peu marquant, au-delà de sa guerrière hypersexualisée, et encore moins révolutionnaire à un quelconque niveau, le titre émanant de l’esprit de Frank Cho scénarisé par Doug Murray constitue tout de même un moment de lecture sympathique pour qui saura adhérer à son atmosphère grivoise, parfois démesurée.

À son fond délibérément rudimentaire, Jungle Girl appose des visuels attrayants et dynamiques. Le tout porte le spectacle débridé et décontracté, riche en actions, que le titre a à offrir, à dévoiler sans prétention avant d’être probablement oublié.

Cette critique est désormais terminée ! Nous avons conscience que Jungle Girl n’a pas pour ambition d’être autre chose qu’un plaisir fugace, aussi insignifiant que sympathique, mais nous avions envie de l’évoquer avec vous. Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à venir en discuter avec nous pour nous dire ce que vous avez pensé de ce Jungle Girl et si vous espérez pouvoir découvrir sa troisième et dernière saison un jour en France !

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