[Review] Nains – L’Ordre de la Forge Intégrale 1

[Review] Nains – L’Ordre de la Forge Intégrale 1

En début d’année, je découvrais l’univers des terres d’Arran avec la série Orcs et Gobelins dont j’ai déjà pu vous parler. Aujourd’hui, l’intégralité des volumes orne ma bibliothèque, y compris le douzième et dernier tome en date sorti début juin. La pluralité des auteurs et illustrateurs œuvrant à  la création de la série lui permettent de s’étoffer à un rythme presque industriel. Ce rythme de parution soutenu la rend d’ailleurs très difficilement rattrapable entièrement financièrement parlant.

Pour extrapoler, c’est même tout l’univers d’heroic fantasy qui pourrait rebuter les néophytes par son étendue vertigineuse. Rien qu’en ce mois de juin 2021, trois albums liés à la franchise vont être publiés, dont deux le même jour : le tome cinq de la série Mages, en plus des volumes douze et treize de la série Orcs et Gobelins.

Cela dit, cette abondance d’histoires déjà racontées et à venir ne m’arrête en rien. Au contraire, elle conforte mon envie de tout parcourir et je décide de continuer mon exploration des terres d’Arran. Mon dévolu se jette ainsi sur la première intégrale au format accordée à ce monde afin d’étancher ma curiosité sans trop sacrifier mon porte-monnaie. L’intégrale Nains L’Ordre de la Forge regroupe les tomes un, six et onze de la série. Le dernier volume du recueil est même proposé dans sa version colorisée et en noir et blanc.

Comme souvent avec les récits situés dans les terres d’Arran, chaque volume porte ici le nom d’un personnage. Redwin, Jorun et Torun disposent donc chacun d’un tome à leur nom. Ces trois personnages, tous liés à la Forge, voyagent au-delà des pages de Nains et reviennent dans plusieurs autres ouvrages de l’univers, particulièrement Redwin qui croisera la route de la saga Elfes. Les personnages secondaires introduits dans les trois intrigues de l’intégrale gagneront eux aussi en importance par la suite. En effet, la plupart des compagnons des protagonistes renforceront le lore du macrocosme auquel ils appartiennent par le biais d’histoires dédiées. Ainsi, le tome treize se focalise sur le périple de Fey, le quatorze sur Brum, tandis que le dix-septième et le vingt-et-unième volume de Nains s’intéressent respectivement à Gurdan et à Ulrog.   

Contrairement aux autres séries prenant place sur les terres d’Arran, Nains émane de l’esprit d’un seul et unique scénariste : Nicolas Jarry. Ce nom ne vous ai probablement pas étranger puisqu’il travaille sur une grande partie de ce monde vaste. Pour ce qui est de la partie graphique, les illustrateurs diffèrent en fonction de l’ordre, des factions auxquelles appartiennent les héros nains dépeints. Le dessinateur Pierre-Denis Goux se charge notamment des histoires de l’ordre de la forge qui composent cette intégrale.

La magnifique galerie d’illustrations complète l’ouvrage, de même que les couvertures exclusivement créées dans le cadre de l’intégrale que je pourrais contempler sans fin. De manière générale, l’attention du détail de chaque case accentue le sentiment d’émerveillement, de dépaysement ressenti au fil des pages.

Le regroupement en un volume unique ne représente pas qu’un intérêt économique mais révèle également l’intercommunication entre ces différentes histoires. Celles-ci partagent des thématiques en commun, se répondant d’un tome à l’autre, dont la plus importante reste incontestablement la notion d’héritage. Redwin, pourvu d’une grande ambition irréaliste, s’acharne à atteindre le sommet de son art afin d’échapper à la réputation de lâche qui accable son père. De son côté, Jorun cherche à trouver une place dans le monde en s’émancipant lui aussi de l’ombre de son père. Torun, lui, souhaite devenir forgeron sans personne pour lui enseigner ce métier. Une rencontre inattendue bouleverse son quotidien incertain.

Dans tous les cas présentés, la succession à laquelle prennent part les protagonistes malgré eux représente bien plus un poids, une malédiction qu’une fierté filiale. L’hérédité reçue génère des réactions de rejet plus ou moins violente mais finit toujours pas guider chacun des personnages principaux du recueil. Au cours de leur aventure, ils apprennent à accepter les dons de leurs ancêtres, à se réconcilier avec ces derniers et à avancer avec l’esprit en paix.

Le dessin, par sa précision, crédibilise les émotions mises en scène et rend tangible le ressenti des personnages. Cette humanité qui leur est accordée permet aux lecteurs de s’attacher réellement aux personnages suivis et à s’impliquer émotionnellement dans sa découverte de l’œuvre. Le sentiment de peine se fait particulièrement sentir face au destin d’un des personnages.

Sur la trentaine de volumes prenant place dans les terres d’Arran que j’ai pu lire, le premier tome de Nains reste indéniablement celui que je préfère. Les combats qui y ont lieu, les antagonistes, les armes, la fatalité, l’émotion, l’impact sur l’univers dans sa globalité et sur le reste de la licence Nains, la relation entre Redwin et son paternel ; tout fonctionne parfaitement pour conclure son propos de manière intelligente.

Je pense aussi que cette affection particulière provient du fait qu’il évite le problème majeur que je reprochais à la série Orcs et Gobelins, à savoir de donner l’impression que les intrigues racontées ne servent à rien. À l’inverse, chaque tome de Nains a des répercutions nettes et perceptibles sur le reste du monde ou, a minima, sur la suite du titre. Les actions de Redwin résonnent dans toutes les terres d’Arran. Par exemple Sa’ar, héros du quatrième tome d’Orcs et Gobelins évolue au sein de la Cité des sangs mêlés, lieu où le guerrier nain fait escale au cours de son périple. D’ailleurs, ce moment, pourtant propice pour simplement évoquer le personnage, n’aboutit malheureusement sur rien.

La seule vraie réserve que je formulerais vis-à-vis de ce recueil tient à la double présence de l’album numéro onze dans ses deux déclinaisons : une en couleurs, l’autre en noir et blanc. La proposition est louable mais a été effectuée au détriment de l’exhaustivité de l’ouvrage. Ce choix discutable empêche l’intégrale de l’être réellement. En effet, le seizième album de Nains, portant sur Tala de la Forge, se retrouve arbitrairement exclu. Quitte à fournir cette version non-colorisée au sein de l’intégrale, il aurait mieux fallu présenter ça comme un bonus voire à faire payer cet imposant livre un peu plus cher pour justifier tout son contenu.

L’autre bémol, là aussi éditorial mais relevant d’un pur tatillonnage de ma part, vient du fait que les pages annexes des volumes simples ne sont pas incorporées à l’intégrale, notamment le glossaire du vocabulaire nain.  Même si la compréhension des mots ne se révèle pas compliqué, j’apprécie cet approfondissement insolite et amusant de l’univers de la BD à travers une page informative. Comment les néophytes pourront-ils savoir que renifloir veut dire nez ou que marmouze constitue un synonyme d’enfant sans ça ?

En définitive, cette première intégrale de Nains portée sur L’Ordre de la Forge, bien qu’incomplet, reste un splendide ouvrage méritant une place de choix dans la bibliothèque des férus de médiéval fantastique. Ce format plus économique permet également de découvrir une autre facette des terres d’Arran plus ancrée dans celles-ci. Les aventures de cette faction paraissent davantage liées thématiquement entre elles et, surtout, avec des conséquences globales. La première histoire, celle de Redwin, s’avère particulièrement réussie. Touchante et intense, un aspect assez spectaculaire en ressort également. L’ajout d’un antagoniste final d’une grande prestance pour un duel au sommet et la présence d’Ulrog, le personnage le plus attachant des terres d’Arran, font de cette intrigue l’une des plus abouties de cet univers.

La présence en doublon de l’histoire de Torun dans cette intégrale laisse un goût quelque peu amer concernant l’appellation choisie. Néanmoins, cette décision permet d’apprécier d’autant plus les dessins de Goux et de mettre en avant l’importance du travail trop souvent sous-estimé de colorisation.

L’envie de lire davantage les péripéties naines se fait sentir mais seulement en poursuivant ce format. Je prends donc mon mal en patience et attends impatiemment la seconde intégrale, qui portera logiquement sur l’ordre du Talion.

C’est sur cet enthousiasme toujours intact de lire les récits des terres d’Arran que s’achève cette critique. J’espère qu’elle vous a plu et qu’elle a pu vous donner envie de découvrir cet univers une nouvelle fois. Sur ce, je vous retrouve bientôt pour de nouveaux articles. Portez-vous bien !

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