[Review] Orcs & Gobelins tomes 1, 2, 3 et 4

[Review] Orcs & Gobelins tomes 1, 2, 3 et 4

Je ne possède aucune connaissance particulière sur l’univers des terres d’Arran dont les séries phares sont Elfes et Nains. Ces séries sont extrêmement prolifiques dû au grand nombre de scénaristes et de dessinateurs travaillant dessus et qui enchaînent rarement plus de deux albums d’affilées. Depuis 2013, ce ne sont pas moins de 29 albums de la série Elfes qui sont parus et 62 appartenant de près ou de loin à l’univers d’Arran.
En plus de ces deux séries principales, deux spin-offs étayent cette fresque Fantasy : la série Mages, comportant 4 tomes, et Orcs & Gobelins qui en compte quant à elle dix, bientôt onze puisque Kronan, le tome 11, sort imminemment. C’est avec cette dernière que j’ai décidé de m’initier, simplement car j’ai toujours personnellement porté ses deux races dans mon cœur plus que les autres.

À la différence des autres bandes dessinées composant cet univers, la saga Orcs & Gobelins se compose non pas d’histoires suivies d’un tome à l’autre mais ne comporte que des one-shots. Elfes, le titre à l’origine du macrocosme médiéval fantastique conçu par Jean-Luc Istin et Nicolas Jarry, raconte quatre histoires simultanément. Elles s’alternent selon un cycle de quatre tomes, formant chacune leur propre ligne narrative sans croiser les trois autres. Orcs & Gobelins reprend la forme de série concept utilisée par son prédécesseur avec une radicalité accrue. Ce titre annexe narre des histoires complètement indépendantes d’un tome à l’autre, toutes tenant en un volume unique. Les titres des livres renvoient simplement au nom du personnage que le lecteur suivra dans le volume. Nous allons évoquer ici ensemble les quatre premiers !

Pour le premier, il s’agit de Turuk, le semi-orc charmeur, tandis que le second s’intitule Myth, en référence au gobelin cambrioleur non gentleman. Viennent ensuite Gri’im, l’orc errant, et Sa’ar, un gobelin à l’ambition sans limite. Puisque chaque tome se suffit à lui-même, il est donc largement possible de débuter sa lecture par n’importe quel numéro. La couverture attrayante d’un tome ou le design du héros qui y figure fièrement peuvent suffire à motiver le choix d’un volume pour commencer cette série dérivée plutôt qu’un autre.

Cette saga octroie à ces créatures fantaisistes, et particulièrement aux gobelins, leurs lettres de noblesse après n’avoir majoritairement servi que de chair à canon au fil des œuvres d’heroic fantasy les invoquant, à l’instar des Stormtroopers malmenés de la licence Star Wars. Les bandes dessinées Goblin’s par exemple fondent toutes leurs histoires sur la soi-disant nullité de nos amis verts.

À l’inverse, la série de jeux vidéo Styx illustre le potentiel narratif de ces créatures en choisissant de faire de l’un d’eux un protagoniste compétent et expressément dangereux plutôt qu’une créature dépeinte comme négligemment stupide. D’ailleurs, le design de Myth, semblable à celui du héros de la licence vidéoludique susnommée prouve que ce constat n’a échappé à personne, pas même aux auteurs qui contribuent au titre. Cet exemple prouve que des scénaristes inspirés peuvent mettre en lumière ses monstres en faisant preuve d’inventivité au lieu de se reposer avec fainéantise sur des clichés éculés. Et c’est bien là tout le projet d’Orcs & Gobelins : proposer des aventures palpitantes en compagnie de personnages insolites.

En dépit de leurs actes répréhensibles et de leur mentalité loin d’être irréprochable, les anti-héros au centre des différentes intrigues n’en restent pas moins attachants dans leur manière d’être. La singularité de leurs quêtes et leur détermination pour les accomplir rend les péripéties de chaque tome aussi variées que prenantes. Face à des zombies ou convoiteux de monter les échelons sociaux, les protagonistes profitent d’une caractérisation remarquable, balayant les lieux communs liés aux orcs et aux gobelins.

D’ailleurs, aucun personnage ne cède au manichéisme, même les sages elfes à l’honneur a priori immaculé perpétuent de mauvaises actions en toute connaissance de cause. Chacun se bat pour son compte et personne ne prétend vraiment faire le bien, les intérêts personnels surpassent des ambitions plus altruistes, nobles. Cette égalité dans le traitement des différentes races mises en scène contraste avec les stéréotypes habituels de ce genre d’œuvres, ici un orc peut être bien plus érudit qu’un elfe. La psychologie poussée des différentes espèces accorde à chacune d’entre elles, même les plus délaissées, une vraie identité et offre un plus grand panel de possibilités quant à la résolution d’une situation quelle qu’elle soit.

Cette richesse passe par les actions des différents intervenants, mais aussi en grande partie par les très nombreuses bulles présentes constamment. Orcs & Gobelins s’avère être une œuvre aux dessins dynamiques, portée sur l’action autant que bavarde. Cette abondance de texte participe à la narration puisque le protagoniste de chaque tome conte son périple par une voix off. Néanmoins, elle saute malgré tout aux yeux rien qu’en feuilletant un volume du titre et pourra sans conteste freiner les lecteurs les moins courageux. Ils pourront se consoler avec les illustrations dépaysantes dans le pire des cas car les panoramas et les plans larges sont légions !

Force est de constater que les illustrateurs parviennent à bien mettre en valeur les cités et les créations architecturales des terres d’Arran.

La méconnaissance de l’univers général d’Arran ne gêne aucunement la compréhension durant la lecture de cette série dérivée. Seules quelques vagues allusions rappellent la parenté de l’œuvre avec les autres titres de cet univers. Ces liens, suggérés sans être indispensables pour apprécier l’œuvre, donnent d’ailleurs rapidement envie de découvrir davantage le monde fantastique imaginé par Jarry et Istin. Toutefois, il est difficile d’ignorer que les personnages appartiennent à un monde beaucoup plus vaste qui semble avoir tendance à les ignorer. Cette filiation à un univers fictionnel dense peut jouer en la défaveur de ces intrigues uniques quand vient la question de l’impact du personnage sur le monde qui l’entoure.

Les suites de péripéties ont beau être alléchantes et captiver son lecteur de bout en bout, l’influence des héros présentés dans Orcs & Gobelins sur l’histoire globale est minime voire totalement inexistante. Ce constat ajoute une frustration minime mais bien réelle à la fermeture d’un tome particulièrement intéressant. À quoi bon faire vivre tant d’aventures à un personnage finalement insignifiant dans l’univers qui l’accueille ? L’existence même des héros des deux premiers tomes s’avère inutile, là où les grands récits d’heroic fantasy s’attachent à faire de chaque personnage un véritable rouage de l’intrigue, dont la présence se révèle indispensable au dénouement.

Pour autant, cette déception relative à l’intégration de ces récits secondaires n’empêche pas les histoires de se suivre de manière agréable. La fluidité de la lecture des différents tomes fonctionne remarquablement bien, d’autant que les deux premiers volumes possèdent pourtant fondamentalement des trames similaires : le héros est malgré lui contraint de lutter pour sa survie. Pour ça, il s’allie à des êtres de la même espèce que lui parmi laquelle il s’impose comme leader en étant plus malin et surtout plus fourbe.

Malgré la volonté de montrer des interactions plus profondes de la part des orcs et des gobelins, la castagne et les effusions de sang restent de la partie… Particulièrement dans le tome 3.

Mais, là où les protagonistes des deux premiers tomes épousent sans originalité les archétypes relatifs à leur race respective, Gri’im et Sa’ar cherchent à s’émanciper de cette vision réductrice. Chacun d’eux se révèle être plus qu’un orc ou un gobelin et cette indépendance salvatrice passe par leur affranchissement vis-à-vis de leur maître respectif. Leurs histoires se présentent comme d’autant plus haletantes qu’elles reposent sur un objectif plus clairement défini et important qu’auparavant. La sympathie qui émane des deux rescapés pousse le lecteur à vouloir les voir triompher. Le caractère prémédité et vital de leurs missions intensifie leur impact, là où leurs prédécesseurs des tomes 1 et 2 vivaient au jour le jour, en donnant l’impression de voyager dans l’inconnu pour survivre.

Si certains mangas cultes tiennent sur la durée, c’est grâce à l’ambition de leurs héros que le lecteur assidument fidèle suit pour voir la conclusion et la réalisation des rêves de celui-ci : One Piece qui met en scène la quête de Luffy cherchant à devenir le roi des pirates ou Naruto dont le personnage éponyme souhaite devenir Hokage pour ne citer qu’eux. À ce niveau-là, les aventures de Turuk et Myth nous laisse presque sur notre faim avec une sensation désagréable de ne pas avoir tout vu, comme s’il manquait des éléments importants de leur histoire. Cette sensation se renforcé par le fait qu’on ne sait rien de leur vie avant le début de leur épopée alors que l’on comprend qu’ils ont bien bourlingué avant la première case. Amateurices de délicatesse, celle-ci vous est dédiée.

Les épreuves précédemment éprouvées par les personnages des tomes suivants nous sont montrées, Sa’ar, le protagoniste du tome 4, possède même un récit initiatique mené à son terme qui ne laissera nullement le lecteur de marbre. Cette différence d’approche tend à minimiser encore un peu plus l’importance des deux premiers héros mis en scène, comme s’ils n’étaient que des brouillons pour des personnages ensuite plus aboutis.

Il n’est pas compliqué de remarquer que les volumes 3 et 4 retiennent bien plus mon attention que les deux autres. La raison réside peut-être dans l’élément récurrent qui lie ces deux tomes, la présence de Nicolas Jarry au scénario. Il est fort probable que son style narratif me convient plus que ceux déployés par son comparse Jean-Luc Istin ou par Sylvain Cordurié tout simplement. Ou alors voir un orc beaucoup plus grand que la normale affronter des gorilles géant avec une épée plus grande que lui me fait naturellement avoir des étoiles dans les yeux ? Allez savoir.

Concernant la partie graphique, je la trouve très réussie dans chacun des quatre tomes. Les artistes qui en sont à l’origine ne sont clairement pas à leur coup d’essai. Les dessinateurs détaillent les personnages sans négliger les décors, tous les visuels profitent d’un charme certain malgré le côté générique de la plupart des bâtiments et des personnages esquissés.

Même si tous signent des planches soignées, certains arrivent avec plus d’aisance à sublimer les intrigues qu’ils mettent en images. Je pense notamment à l’illustrateur brésilien Diogo Saito qui officie sur le premier tome. Ce dernier propose de belles surprises visuelles, comme une dernière page sublimement impressionnante pour clôturer l’histoire d’Istin ou encore la présentation d’un lieu à travers une double page minutieuse et immersive.

La cohérence graphique entre les tomes relève du sans faute et personne ne pourrait s’en trouver dérangé. Le fait de retrouver la prolifique société indienne Digikore Studios à la colorisation des tomes 2 et 4, après avoir également travaillé sur Nains et Mages, participe vraisemblablement à cette harmonie La proximité graphique de tous les dessinateurs impliqués pourrait même pousser à croire les personnes les moins attentives à la lecture qu’un seul et même artiste se charge des quatre tomes !

Les quatre premiers tomes d’Orcs & Gobelins, en plus d’être de beaux objets en soi, contiennent des histoires divertissantes et épiques. Cette série annexe donne envie de s’immerger encore un peu plus dans le monde étendu d’Arran, avec l’espoir nos orcs et nos gobelins dans d’autres épisodes de la saga. Les intrigues se montrent suffisamment captivantes et renouvelées à chaque tome pour avoir envie de continuer cette série dérivée d’Elfes.

Malgré un standard de qualité honorable, certains volumes marquent davantage l’esprit que d’autres. Les deux premiers recueils se sont présentés, à mes yeux, comme des essais ébauchés n’exploitant pas complètement le potentiel de la série concept débutée. Pour autant, chaque histoire se parcourt très bien, notamment grâce à des planches visuellement attrayantes, incitant à s’attarder sur chacune d’entre elles. La présence conséquente de texte confirme qu’Orcs & Gobelins se doit d’être une lecture attentive pour profiter pleinement de son univers.

J’en ai terminé avec les quatre premiers tomes du spin-off d’Elfes ! D’ailleurs, malgré que les histoires ne se suivent pas, je me suis d’ores et déjà procuré les quatre tomes suivants, preuve de mon engouement pour cette série de bandes dessinées éditée par Soleil ! Il y a donc fort à parier que nous retournerons sur les terres d’Arran prochainement pour apprécier encore davantage la qualité de cet univers. À très vite donc !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.