[Review] Steamdolls #1 – Prologue : Plongée dans le dark steampunk

[Review] Steamdolls #1 – Prologue : Plongée dans le dark steampunk

Le steampunk, de la manière que la fantasy, peut donner lieu à des récits de nature radicalement différentes. De ce postulat d’uchronie régie par les machines à vapeur peut découler des histoires comiques, absurdes comme dans le jeu 3DS Code Name : S.T.E.A.M., mais aussi des récits bien plus matures et sombres tels que ceux présentés dans la série de jeux Bioshock ou dans le roman graphique qui nous intéresse aujourd’hui : Steamdolls. L’univers imaginé par Yoann Peter et dessiné par Etienne “ETN” Vrithof ne se cantonne pourtant pas au format papier. Comme nous pouvons le remarquer sur leur site officiel, il se verra également développé dans différents jeux vidéo, à savoir Steamdolls VR qui, comme son nom l’indique, se présente comme un jeu d’aventure et d’infiltration en réalité virtuelle, et dans Steamdolls Order of Chaos, un jeu de plateforme 2D croisant les mécaniques de Castlevania à l’aspect infiltration de Mark of the Ninja. Dans ce dernier, le joueur incarnera The Whisper, un anarchiste misanthrope souhaitant détruire la société dans laquelle il évolue. Si je vous évoque tous ces projets estampillés Steamdolls, outre le fait de souligner l’ambition des deux artistes vis-à-vis de cet univers, c’est également parce que The Whisper se trouve au cœur du prologue que nous allons aborder à présent.

Dans cette issue d’une vingtaine de pages, le lecteur est plongé dans la course-poursuite entre The Whisper et une pistolero tout aussi énigmatique que lui. Violente et déterminée, elle semble prête à tout pour mettre à mal le projet destructeur chapeauté par The Whisper et ses sbires.

Le premier point que je veux traiter concernant Steamdolls, et que j’ai même déjà évoqué dans mon introduction, c’est la noirceur qui émane de l’univers du roman graphique. La pensée du Whisper profondément pessimiste et associable peut rappeler celle de V dans V pour Vendetta qui nourrissait une haine pour les puissants dans l’œuvre d’Alan Moore et David Lloyd. Ici, The Whisper déteste tout et tout le monde. Cette misanthropie motive son dessein de détruire l’ordre établi et tous ses membres, sans distinction de classe sociale. Cette maturité se retrouve dans le costume du Whisper, très sombre et déshumanisant complètement son porteur, à l’instar de Nox de Wakfu. Figure d’homme-machine, The Whisper se révèle être davantage un concept, une apparence qu’une personne définie. C’est ce qui rend la quête d’Agnès, dont le nom n’est pas révélée dans ce prologue mais que j’ai remarqué sur le site des créateurs, si difficile et entêtante.

La violence du récit participe à l’atmosphère poisseuse, obscure du titre. Le sang n’est présent que sur une page, et pourtant il parvient à choquer et à signifier la froideur et la détermination du personnage d’Agnès. L’exécution montrée explicitement ici semble faire partie du quotidien de la pistolero qui reste impassible face au cadavre. Les deux personnages principaux profitent d’une caractérisation profonde et finalement assez épurée, à l’aide de procédés différents voire opposés. La psychologie de The Whisper se développe à l’aide de blocs de textes généralement écartés de l’action, tandis que la personnalité d’Agnès s’affirme surtout par ses actions, par ses agissements. Les deux personnages s’opposent déjà par la manière dont ils sont racontés et étayés par les auteurs. Ils nourrissent pourtant un même rapport à l’anonymat, une même volonté de ne pas être connu. Comme je l’ai précisé, le nom d’Agnès n’apparaît pas dans ce premier chapitre, tandis que l’anarchiste derrière The Whisper cherche à rester secret à tout prix. Les motivations des protagonistes et les moyens mis en place pour les voir se concrétiser laissent présager de futurs affrontements enragés.

Les décors occupent une place essentielle au sein du rendu si atypique de l’univers de Steamdolls. Eux aussi très sombres, ils dépeignent à merveille le désespoir inhérent aux habitants de cette dystopie, définie par ETN comme à la croisée entre le steampunk et le cyberpunk, et qui anime le combat du Whisper. La singularité visuelle provient surtout des effets de tache, de poussière disséminées sur toutes les pages. En plus de participer à l’ambiance particulière du récit, ils accentuent les moments-clés et la tension dramatique qui en découlent.

La profusion d’éléments graphiques donne parfois lieu à des pages surchargées pour lesquelles il sera nécessaire de les relire plusieurs fois afin de ne louper aucune information. Cette lisibilité réduite vient aussi du fait que le découpage se retrouve souvent réduit à son minimum, dans une volonté de rendre honneur aux illustrations. Ce désir de fluidité se révèle à quelques moments inefficace. Pour autant, je ne remets pas en doute la qualité des dessins ni du récit qu’ils illustrent. Simplement, certaines pages auraient gagner en intelligibilité grâce à un découpage plus prononcé, quitte à se révéler plus conventionnel que celui mis en place ici, qui parvient néanmoins à s’imbriquer aux événements racontés et à contribuer à leur mise en images.

La partie sketchbook de ce prologue donne à voir de nombreux croquis préparatoires, d’études de personnages promettant l’arrivée de nouveaux individus au sein de cet univers sombrement atypique. Des robots, des costumes, des armes et même des véhicules y sont proprement esquissés. Ces croquis permettent de se rendre compte du talent d’ETN, avec ou sans couleurs.

Le prologue de Steamdolls reflète l’ambition de ses auteurs à proposer un vaste univers steampunk sombre et mature. En plus d’intriguer, ce premier chapitre réussit à définir suffisamment ses personnages principaux et leur caractère complexe. Les illustrations magnifient le récit et lui insuffle une atmosphère viscérale, cohérente avec les desseins du Whisper. Le texte se détache de l’action, et cette combinaison volontairement hétérogène complète l’impression d’ambiance pesante, anxiogène qui se dégage de ce début d’histoire. Même si la lecture se heurte parfois à quelques pages moins lisibles, le mystère autour de Steamdolls fascine le lecteur et donne envie d’en explorer l’univers visiblement riche, que ce soit par la suite du roman graphique ou au travers des jeux vidéo prévus.

Cette review est désormais terminée ! J’espère qu’elle vous aura plu, ce fut un véritable plaisir de découvrir et de vous faire découvrir ce récit prometteur dont l’équipe réduite semble continuer à développer dans l’ombre. Sur ce, je vous dis à la prochaine pour de nouveaux articles ! 😉

P.S. : Si le projet vous intéresse, je vous invite à vous rendre sur le site officiel de The Shady Gentlemen. Pour vous donner envie, je vous laisse avec la première vidéo rendant compte de l’avancée du développement du jeu Steamdolls Order of Chaos. ^^

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