[Review] UCC Dolores tomes 1 à 3

[Review] UCC Dolores tomes 1 à 3

            Il y a quelques temps, en me baladant dans les grands rayons d’une librairie, mon regard s’arrêta sur une bande dessinée dont le titre ne m’évoquait rien. Pourtant, ce dernier disposait d’une esthétique plus que familière que je reconnus instantanément. En effet, la couverture de UCC Dolores rayonnait grâce à la patte graphique de Didier Tarquin, illustre dessinateur de Lanfeust de Troy. Le souvenir de cette saga littéraire me renvoya plein de nostalgie au début des années deux mille, à l’époque où je dérobais espièglement les BD de la bibliothèque de mon paternel.

La narration de UCC Dolores fonctionne par cycles, à l’instar de Slhoka pour ne citer qu’une autre œuvre similairement construite. La première histoire de l’univers imaginé par Tarquin, intitulé le cycle du cristal rouge, se déroule ainsi du premier au troisième volume. L’artiste ne travaille pour une fois pas avec son compère scénariste Christopher Arleston, il se charge ici de mettre en images sa propre intrigue de space opera.

Lanfeust des étoiles, sur lequel il a assuré la partie graphique comme pour l’entièreté de la licence Lanfeust, appartenait déjà à ce sous-genre de la science-fiction. Tarquin s’embarque donc dans ce récit qu’il gère seul avec un certain bagage. Il ne quitte pas pour autant la saga écrite par Arleston puisque la création d’UCC Dolores s’ajoute à la publication de Lanfeust Odyssey, dernier volet en date de la licence qu’il illustre toujours depuis une vingtaine d’années maintenant.

Dans ce premier cycle, le lecteur est amené à suivre une jeune moine prénommée Mony, tout juste sortie du couvent, embarquant à bord du vaisseau UCC Dolores sans but précis. À ses côtés se trouve Kash, un vieil alcoolique tueur de robots qui lui servira de pilote. L’astronef dont Mony a hérité se révèlera plein de surprises pour eux comme pour le reste des individus qui en croiseront la route.

Les trois volumes forment un ensemble cohérent, tout en possédant chacun ses propres enjeux. Le premier lance l’intrigue et se focalise sur la caractérisation des personnages sans définir nettement leurs objectifs. J’entends par là que les deux protagonistes se retrouvent abandonnés dans un univers qu’ils ne connaissent pas ou que trop mal. Ils avancent à tâtons, rencontrent des personnages amicaux et antipathiques sans savoir ce qui leur adviendra par la suite.

Le deuxième tome sert à étoffer l’univers afin de le rendre plus tangible. Tarquin s’attarde autant sur le développement des décors de son intrigue que sur l’avancée de l’aventure de ses héros. La première moitié de ce volume est majoritairement constituée d’histoires racontées par des personnages comme la légende de Tassili ou l’âge d’or de Kash. Ces histoires intensifient l’apothéose à venir dans le troisième livre du cycle.

La légende de Tassili illustrée, pleine de gros monstres magnifiques.

L’apogée du récit en dévoile d’ailleurs toute l’ingéniosité. En effet, la fin se sert de chaque petit élément présenté en amont pour tous les lier afin de grandement augmenter l’intérêt portée à l’intrigue. Absorbé par ce dernier tome, j’ai ressenti un immense plaisir à lecture. Les deux premiers restent tout de même divertissants mais manquaient de quelque chose pour rendre réellement captivant l’histoire narrée et le cadre dans lequel elle se déroule. 

Par ailleurs, l’environnement oriente le périple des protagonistes d’UCC Dolores tome après tome. Ils se laissent relativement voguer au fil des péripéties jusqu’à la moitié du dernier recueil du cycle, où ils pourront enfin choisir de s’émanciper d’un destin préalablement tracé pour eux. Mony dira elle-même au début du troisième livre : « Plus le temps passe et plus j’ai le sentiment que cette histoire n’est pas la mienne ». Mony devient la fin d’une histoire antique en dépit que les livres débutent avec elle, elle incarne finalement un prétexte pour que le lecteur découvre ce qui l’entoure à travers les yeux d’un personnage aussi novice que lui.

Si on ajoute à cela les manipulations des antagonistes desquelles le duo principal se trouve inconsciemment au centre, le libre arbitre de Mony et Kash paraît bien malmené. Ils errent dans le cosmos tandis que les méchants et l’univers lui-même se servent d’eux avant leur prise de recul libératrice.

Pour son intrigue, Tarquin reprend avec une certaine inventivité les codes traditionnels du space opera, avec un soin et une richesse appréciables notamment au sujet des espèces végétales imaginées. La faune, représentée par la pluralité des espèces extra-terrestres, bourdonne de vie dans les arrière-plans, en retrait. La narration ne met véritablement qu’une seule race alien en valeur bien que de nombreuses autres vivent discrètement au travers des planches du cycle du cristal rouge. L’inspiration pour concevoir ces êtres spatiaux découle d’œuvres diverses et variées : Qarma par exemple esquisse des traits de personnalité de Jabba le Hutt mais arbore un physique davantage tiré de l’imagerie steampunk.

L’humanisation qu’opère l’auteur sur les automates mis en scène fonctionne extrêmement bien, au point de rendre ces derniers attachants ou, à l’inverse, parfaitement détestables. À l’instar des autres créations mécaniques d’un monde fourmillant de robots et autres vaisseaux spatiaux, l’UCC Dolores lui-même se révèle être un personnage dense, dont le vécu concurrence même les aventures des personnages par son intérêt indéniable. Donnant son nom à la série de bandes dessinées, cette machine de guerre polyvalente au design élégamment épuré, qu’incarne la pinup armée peinte sur sa carrosserie, s’impose finalement comme la véritable star de cette dernière.

Mais s’il y a bien un élément constitutif de la BD qui a été malheureusement sous-exploité, ce sont bien les planètes visitées par Kash et Mony. Tarquin adopte un schéma narratif simple et répétitif : à chaque tome son astre. Bien que leur place dans la galaxie soit limpide, elles ne profitent d’aucune caractérisation, rien ne les singularise particulièrement. La qualité des dessins ne compense pas ce manque de vie et rend paradoxalement le vide intersidéral plus accueillant que n’importe quelle terre habitable. Cette profonde solitude permet cependant de remettre la foi de Mony en question voguant dans un monde inhospitalier en proie à la barbarie. Cette escapade sans objectif clairement déterminé amène l’artiste à critiquer la religion en premier lieu, tout en évoquant également l’esclavage et d’autres pratiques humaines honteuses qu’il pointe ici du doigt. 

Les deux premiers volumes ne se démarquent pas spécialement des ouvrages du même genre. Cependant, le dernier tome rehausse le niveau et apporte à la saga une maîtrise narrative appréciable. La question qui se pose suite à la lecture d’UCC Dolores est la suivante : la série a-t-elle véritablement besoin d’un autre cycle ? Ou, en tout cas, sera-t-il a la hauteur de son prédécesseur, déjà relativement fragile ? Son dernier tiers contrebalance la narration cyclique redondante et souligne le sous-texte critique de Tarquin. La partie graphique couvre les lacunes scénaristiques et rend plaisante la lecture, à défaut de la rendre mémorable.

Je me procurerai sans nul doute le prochain ouvrage avec curiosité, en espérant y trouver davantage de constance qu’avec le cycle du cristal rouge, principalement appréciable pour sa conclusion.

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