[Review] Vampirella Master Series James Robinson & Joe Jusko

[Review] Vampirella Master Series James Robinson & Joe Jusko

Au fil des années et des équipes créatives, le personnage de Vampirella s’est prêté à différentes ambiances, parfois totalement opposées. Il est même arrivé que durant une même année, en l’an de grâce 1997, la vampire originaire de Drakulon ait vécu des aventures funs et décomplexées sous la plume de Mark Millar et de Grant Morrison mais aussi des histoires beaucoup plus épiques et tragiques grâce à James Robinson dont nous allons parler aujourd’hui.

L’auteur a travaillé sur de nombreux titres comme Starman, Batman : Legends of the Dark Knight ou Superman chez DC ainsi que la série Fantastic Four et le graphic novel Spider-Man: Family Business pour la Maison des Idées. Le tome étant composé de trois histoires, toutes scénarisées par James Robinson, il est cependant accompagné par trois artistes différents. Pour la mini-série Soif de sang, qui occupe la majeure partie de ce recueil, James Robinson travaille avec le peintre Joe Jusko, connu pour des couvertures pour The Savage Sword of Conan. Sa réputation est si significative que son nom figure sur la première de couverture aux côtés de celui de Robinson. La popularité des deux artistes présents aux dessins des autres histoires de ce Vampirella Master Series est bien moindre en comparaison. Ray Lago illustre Si différents, un one-shot publié pour les 25 ans du personnage à l’époque. Enfin, Rick Mays s’occupe des dessins et de l’encrage de Vampirella contre Dracula, un one-shot commémoratif du centenaire du comte créé par Bram Stoker. David Mack se charge, quant à lui, de la mise en page de celui-ci et Martin Jimenez de la colorisation.

Soif de sang plonge le lecteur dans une formidable épopée de science-fiction ! Vampirella et son conjoint, Adam Van Helsing, ressuscitent sur la planète Drakulon en pleine décrépitude. Affamés, ses habitants s’entre-tuent désormais pour se délecter du sang de leurs ennemis. Pour apporter à nouveau paix et prospérité sur Drakulon, Vampirella sera confrontée à un dilemme cornélien.

Avec cette mini-série, James Robinson amène le personnage loin des sentiers battus. Finies les aventures sans prise de tête et l’humour sexiste potache, ici Vampirella se présente comme une véritable guerrière en pleine mutation.

Avec une ambiance à la John Carter, accentuée par les sublimes peintures de Joe Jusko qui suggèrent indéniablement la création d’Edgar Rice Burroughs, James Robinson réussit le pari de faire vivre aux personnages de l’univers de Vampirella un véritable space opera sans travestir leurs motivations ou leurs personnalités. A la fantasy de science-fiction s’ajoute aussi une dimension post-apocalyptique à travers l’aspect désolé de Drakulon et les différentes espèces hostiles qui y évoluent. Cette impression de fin du monde se rapproche des films Mad Max, évoqués dès le design d’Adam Van Helsing. Enfin, la religion occupe une place primordiale dans cette mini-série par la symbolique qui découle de la quête déchirante de Vampirella.

En seulement deux chapitres et un bref épilogue, la mini-série parvient à raconter une histoire dense et poignante, digne d’une tragédie antique ! La gravité du récit est accentuée par une écriture assez romanesque et des dialogues abondants. Pour autant, ce style littéraire ne dessert nullement le récit, il lui confère au contraire une dimension épique et accentue les tensions narratives. Les illustrations photoréalistes de Joe Jusko ne manquent pas de dynamisme lors des combats et laisse le lecteur admiratif face à une telle maîtrise graphique !

Cette première mini-série s’impose comme une réussite totale par sa virtuosité scénaristique et visuelle. Pour parfaire le tout, l’éditeur Graph Zeppelin a enrichi son édition de très nombreux bonus : les couvertures des chapitres, un découpage artistique et même le scénario complet d’un chapitre ! Tous ces ajouts permettent d’apprécier au mieux le travail des artistes sur cette histoire tragique.

Le one-shot Si différents dispose malheureusement de défauts qu’évitaient Soif de sang. Plus décousue, l’histoire s’avère moins palpitante même si elle confronte Vampirella au célèbre comte Dracula. De plus, le langage y est encore plus soutenu que dans la première mini-série, au point d’alourdir les dialogues et de nuire au rythme du récit. Elle permet au moins de revoir Pendragon, un ami de Vampirella, mais aussi de découvrir le dieu fou ou Conrad Van Helsing, chasseur de vampires et père d’Adam.

Le style graphique de Ray Lago, plus brumeux que celui de Joe Jusko, donne au récit une dimension onirique appréciable.

Puisque les deux artistes emploient de la peinture pour mettre en images les scénarios de James Robinson, une certaine cohérence graphique se crée entre ces deux histoires. Ces illustrations constituent le principal attrait de ce one-shot commémoratif, au-delà du fait de réunir deux des plus célèbres vampires de la littérature.

La dernière histoire du tome, sobrement intitulée Vampirella contre Dracula, propose finalement un affrontement bien plus philosophique qu’il n’y paraît. En effet, les mandales ne sont que très peu au rendez-vous. A la place, James Robinson met en scène un véritable cours d’histoire de la littérature vampirique en invoquant deux auteurs de légende, à savoir nul autre qu’Archie Goodwin, l’un des scénaristes qui a donné ses lettres de noblesse à Vampirella, et de Bram Stoker, l’auteur de Dracula lui-même ! Les deux discutent donc dans un lieu intemporel, quasiment magique, pour écrire et discuter de leurs œuvres sous les yeux de leurs personnages fictionnels.

L’horizon d’attente inhérent au titre de ce one-shot paraît totalement contrarié par ce manque flagrant d’action. Pour autant, ce dernier récit, même s’il s’avère moins foncièrement focalisé sur Vampirella, il possède le mérite d’être personnel et vraiment original ! Ce chapitre commémoratif constitue une véritable lettre d’amour ouverte de James Robinson envers les deux écrivains susnommés.

Les dessins flashy et cartoonesques de Rick Mays rappellent les illustrations de Louis Small Jr. Mais là où ce dernier met en images des aventures survitaminées, le style de Rick Mays ne correspond ici pas spécialement à la maturité du scénario. L’association des deux artistes déroute tant elle semble incongrue, mais n’empêche pas d’apprécier l’érudition déployée par James Robinson.

Ce tome de Vampirella Master Series consacré au travail de James Robinson et de Joe Jusko porte bien son nom. Les deux artistes excellent chacun dans leur domaine, si bien que leur collaboration aboutit à une mini-série épique magnifiquement illustrée et finalement assez accessible pour les nouveaux lecteurs ! Graph Zeppelin l’accompagne de bonus plaisants afin de proposer une édition la plus complète possible de l’histoire Soif de sang. Les deux autres récits du recueil, assez anecdotiques, présentent tout de même suffisamment de qualités pour se laisser lire sans problèmes.

Cette review est terminée, j’espère qu’elle vous aura plu ! J’en profite pour remercier Graph Zeppelin pour m’avoir envoyé ce tome, il y a quelques mois, c’est vrai… Quoi qu’il en soit, j’ai pris mon pied en découvrant ce récit homérique et j’espère vous avoir donné envie de vous faire votre propre avis !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.