[Test] Little Nightmares 2

[Test] Little Nightmares 2

Il y a environ trois ans et demi sortait le premier jeu Little Nightmares, et c’est presque par hasard que je me le procurais. Après une expérience inattendue et envoûtante, le collector de ce premier opus trône depuis fièrement sur ma console. Quand la nouvelle d’une nouvelle aventure dans l’univers de Tarsier Studios et Bandai Namco est parvenue à mes oreilles, mon sang n’a fait qu’un tour. Pris par la hype de pouvoir m’immerger dans ce monde étrange, anxiogène, j’ai attendu impatiemment le 11 février 2021, date de sortie du jeu sur toutes les plateformes modernes.

Même si la licence n’atteint pas des records de popularité, en tout cas pas avant la sortie de ce Little Nightmares II, je savais qu’un bon ami serait ravi de vivre l’aventure à mes côtés bien qu’elle ne soit pas coopérative. Et vous le connaissez probablement bien puisqu’il s’agit de Kaisuke, écrivant également sur le blog. C’est donc à deux que nous avons replongé dans l’aventure, cette fois portée par Mono, un enfant seul dans un monde chaotique et mortel, devant lutter pour sa survie. Le petit garçon rencontrera sur sa route le protagoniste du jeu précédent avec qui il s’alliera contre un homme géant costumé gisant dans des télévisions.

Une fois mon compère en possession de l’édition collector de ce deuxième opus, c’est d’une traite que nous le dévorâmes sans modération pour le finir approximativement en six heures. Il s’avère être une préquelle au premier jeu, il offre une toute nouvelle vision des pérégrinations vécues dans le premier volet. Little Nightmares 2 reprend les mêmes mécaniques de jeu que son prédécesseur, mais en bouleverse totalement le propos. L’aventure proposée fait prendre du recul au joueur sur l’histoire de la licence dans sa globalité, au point de changer la perception que nous pouvions avoir du premier volet et de son dénouement, désormais chargées d’une signification toute autre. De ce fait, après avoir terminé ensemble le jeu d’une seule traite en live sur la chaîne Twitch de mon camarade, nous avons décidé d’écrire une critique à son sujet à quatre mains. Une première pour le blog !

L’intrigue de Little Nightmares II constitue un argument de taille en sa faveur, sa narration se révèle au moins aussi cryptique que dans le premier opus. Ajouté à cela que le jeu ne contient pas un seul mot et certains pourraient même ressentir une frustration de suivre une narration si radicalement avare dans un univers pourtant riche d’histoires à raconter. Chaque élément montré, chaque nouvel antagoniste rencontré apportera plus de questions que de réponses, pour laisser le joueur poursuivre sa fuite vitale dans un état de désorientation stressant, en prises avec un univers flou et incompréhensible.

Des effets stylistiques simples sont déployés afin de concilier l’interactivité vidéoludique à la narration volontairement discrète et fondée sur le visuel. Par exemple, Tarsier Studios affiche des panoramas et des plans très larges pour poser l’ambiance des différents niveaux du jeu. C’est bien de ses environnements inhospitaliers et de son atmosphère hostile que le jeu tire l’une de ses plus grandes forces.

Mono et Six représentent des êtres indésirables dans ce monde désenchanté peuplé de créatures probablement jadis humaines qui cherche à nous nuire pour des raisons que nous ne comprendrons sans doute jamais. Les croque-mitaines de Little Nightmares 2 n’ont rien à envier à ceux du premier, ils sont même plus nombreux et, à mon sens, plus effrayants. Leur design puise des inspirations d’icônes horrifiques issues de différents médiums, allant de Jason Voorhees de la saga filmique Vendredi 13 en passant par Slender Man jusqu’aux monstres étranges de Silent Hill ou la famille glauque de Resident Evil 7. D’ailleurs, ces références extérieures se ressentent également dans les décors visités par Mono, moins singuliers que dans Little Nightmares mais à l’ambiance plus oppressante comme l’école ou le marais.

La tension plus soutenue du deuxième jeu découle des ennemis plus féroces à nos trousses. Cependant, l’ambiance du premier marque davantage les esprits grâce à ses lieux plus angoissants selon nous. Et pour cause, la sensation de vulnérabilité de la fuite de Six, l’héroïne du premier opus, se voit ici grandement amoindrie par des ajouts de gameplay significatifs. En effet, le héros peut ici s’armer de temps à autre et détruire littéralement ses ennemis. La combattivité de Mono, bien qu’elle dénote de la légitime défense désespérée de Six lors de son évasion du bateau, n’empêche pas le personnage d’apparaître comme faible face à ses immenses et belliqueux adversaires.

Bien que cela diminue le stress ambiant, le gameplay en est grandement enrichi et augmente le nombre d’actions possible, là où le premier volet ne nous laissait finalement que la possibilité de courir, un peu à l’instar de Limbo dont la licence de Bandai Namco tire clairement son essence. Un autre élément atténuant la sensation de peur ambiante réside dans la présence d’un autre enfant nous accompagnant au cours de l’aventure, et ce dans l’optique d’augmenter drastiquement les interactions avec le décor.

L’ajout d’une légère profondeur dans les arrière-plans octroie une place plus importante à la narration que dans son prédécesseur, intégrant de manière organique des sortes de cinématiques dans la continuité de l’avancée du joueur. Cette utilisation plus poussée de l’espace entraîne une difficulté inédite pour se repérer. Il est arrivé à plusieurs reprises que nous ayons du mal à nous situer dans l’espace, provoquant souvent une mort superflue.

Les développeurs du jeu sont d’ailleurs passés à côté d’une superbe opportunité de rendre le jeu coopératif en multijoueur, ce qui aurait sans nul doute amplifié encore davantage l’engouement autour du titre. L’intrigue et la présence conjointe des deux personnages s’y prêtaient en tout cas merveilleusement bien.

Nous avons ressenti un pic de difficulté notoire entre les deux jeux. À titre informatif, nous recensons pas moins de soixante-dix morts sur Little Nightmares 2, avec de nombreuses morts maladroites, contre seulement quarante pour finir le premier après avoir fait les deux sur Twitch. Un des points les plus surprenants au sujet de cette deuxième occurrence de la licence Little Nightmares fut la violence accrue. Là où Six ne se faisait que capturer à nouveau par le personnel du bateau dans le premier jeu, ici Mono peut être abattu d’un coup de fusil à bout portant si l’on ne tombe pas dans un piège à loup aussi gros que nous avant ou encore dévoré graphiquement.

Malgré ses décors plus communs, Little Nightmares 2 fait vivre des passages réellement terrifiants comme l’assaut de mannequins vivants se ruant sur le joueur dès lors qu’ils sont dans l’obscurité. Pour parler de manière un tantinet schématique, la peur de Little Nightmares 2 fonctionne intensément sur des passages brefs et par le biais de jumpscares efficaces. Son aîné, lui, repose sur une atmosphère vraiment pesante et stressante, pour faire ressentir au joueur une autre forme d’horreur, plus implicite, suggérée.

Les années de développement séparant les deux jeux ont assez naturellement permis au jeu d’être visuellement plus réussi. Les textures jouissent d’une qualité assez phénoménale, d’autant plus lorsque le contexte joue avec la profondeur de champ ainsi qu’avec la netteté et le flou. Ces deux caractéristiques profitent d’une même qualité très appréciable et renforcent le dépaysement au cours de la découverte de cet univers distordu et maussade. Le dernier chapitre du jeu profite particulièrement des graphismes aboutis. Dans ses plans très larges ou, au contraire, très serrés, le jeu est difficilement critiquable visuellement parlant. D’ailleurs, le fait de pouvoir zoomer sur son personnage offre la possibilité de contempler sa collection de chapeaux à ramasser tout au long du jeu, ce qui frustre encore un peu l’ego de Shodayuk de ne pas avoir réussi à tous les collecter. Ahlala, les ravages de la collectionnite…

Cependant, nous avons aussi rencontré d’assez nombreux bugs en parcourant le jeu à sa sortie. La majorité était accessoire, mais certains nous ont quand même pénalisé de morts pénibles. Bien qu’un patch soit sorti durant le mois de mars, vraisemblablement pour corriger ces derniers, ces problèmes rencontrés nous ont donnés l’impression que le jeu ait été sorti relativement à la hâte en dépit des années qui séparent la sortie de Little Nightmares 2 du précédent volet de la licence.

La jouabilité intuitive et la sensation de stress constant sont sublimées par une immersion totale dans le monde de Little Nightmares. Même si je préfère le premier avec du recul, le deuxième opus s’inscrit dans la digne lignée de son prédécesseur et maintient la qualité remarquable de la licence. Cette histoire vraiment prenante, énigmatique et surprenante, se présente aussi comme une origin story pour l’héroïne du premier jeu et réussit l’exploit d’étoffer l’univers de la licence tout en offrant une signification nouvelle à Little Nightmares premier du nom et à la destinée de Six. L’intrigue est d’ailleurs toujours dotée d’un sous-texte critique, notamment autour de la surconsommation comme pour le premier jeu. À cette thématique s’ajoute spécifiquement pour sa suite un traitement froidement révélateur sur l’addiction aux écrans de nos sociétés actuelles.

Little Nightmares II reprend la formule de son aîné et ses mécaniques de plateforme/réflexion en y ajoutant des phases d’affrontement plus directes grâce aux armes à ramasser. Sans perdre de son unicité, le titre tire profit d’inspirations externes identifiables pour créer son ambiance horrifique. De ce fait, son identité propre s’estompe légèrement, là où Little Nightmares proposait moins de lieux à parcourir mais dans lesquels l’ambiance angoissante profitait de plus d’originalité. Pour autant, cette suite crée une peur plus viscérale, plus fugitive mais réellement crispante par moments, à l’inverse de son prédécesseur qui reposait surtout sur une ambiance austère et anxiogène plutôt que sur une frayeur concrète. Profitant toujours du même soin, aussi bien narratif, graphique que sonore, Little Nightmares 2 offre une aventure plus longue que le jeu à l’origine de la licence dont il fait partie et vaut définitivement le coup de s’y plonger.

Même si Tarsier Studios ne semble pas enclin à proposer un troisième volet de sa licence désormais reconnue et appréciée à sa juste valeur, nous pensons que l’univers de Little Nightmares a encore de quoi captiver et surprendre. Autrement dit, un Little Nightmares 3 semble évident à nos yeux et nous nous languissons de pouvoir hypothétiquement jouer à un troisième jeu estampillé Little Nightmares à l’avenir.

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