[Wade’s Post #3] L’Incroyable Hulk : le film le moins bien intégré du MCU ?

[Wade’s Post #3] L’Incroyable Hulk : le film le moins bien intégré du MCU ?

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, nous vous proposons un article qui sort de nos habitudes rédactionnelles. Plus qu’une critique, notre nouveau rédacteur (encore un après Rackham !) Shodayuk a choisi de traiter le statut particulier de L’Incroyable Hulk au sein du Marvel Cinematic Universe. Nous espérons que cette forme plus rédigée, de l’ordre de l’essai, vous plaira et que vous accueillerez chaleureusement cette proposition !

Tous les films qui appartiennent au Marvel Cinematic Universe, ou MCU pour les intimes, s’intègrent parfaitement dans cet univers étendu commun. Mais le film L’Incroyable Hulk et le personnage éponyme font figure d’exception tant ils paraissent bien moins gérés et intégrés que leurs compères. Aujourd’hui, après plus de dix ans et d’une vingtaine de films reliés à cet univers, ce n’est plus un problème et le colosse de jade incarné par Mark Ruffalo est communément admis comme partie intégrante des Avengers. Néanmoins, Hulk restait une exception problématique vis-à-vis du reste de la phase une de 2008 à 2012, la première pierre introductive du vaste univers cinématographique partagé que l’on connaît aujourd’hui et qui ne cesse de s’étendre sur différents écrans.

Le film réalisé par le français Louis Leterrier est le second du MCU. Il est directement relié à son prédécesseur, Iron Man de Jon Favreau, par l’apparition de ce dernier à la fin du film. Néanmoins la principale erreur du long-métrage se révèle être le fait de ne pas narrer l’origine du personnage et de ses pouvoirs, à l’inverse de son collègue filmique sorti seulement un mois avant lui aux États-Unis et trois en France. Marvel Studios et Universal Studio, qui possèdent les droits du personnage, ont choisi d’opérer car Hulk avait déjà connu une adaptation de son origin story en 2003 dans le film du cinéaste taiwanais Ang Lee. De ce fait, les scénaristes estimaient que le public connaissait déjà les fondements de l’histoire du géant vert, la sortie des films étant séparé de seulement cinq ans, et que la raconter à nouveau ferait doublon avec le premier film. Ce dilemme n’a pas eu lieu d’être pour les autres personnages présentés lors de la phase une puisqu’ils n’avaient pas connu de récentes adaptations cinématographiques ou télévisuelles.

La conséquence majeure et désastreuse de cette décision fut de perturber beaucoup de spectateurs, pensant à tort que le film de 2008 servait de suite au long-métrage de 2003. La confusion a réussi à avoir lieu en dépit d’un changement total de casting, Eric Bana supplanté par Edward Norton dans le rôle-titre par exemple, et du réalisateur à la barre du projet. Cette situation gênante peut sans doute s’expliquer par les nombreuses suites que connaissaient les héros Marvel au cinéma qui se sont enchaînées à partir de la fin des années 90 et jusqu’à la sortie de L’Incroyable Hulk. A titre d’exemple, citons la trilogie Spider-Man de Sam Raimi achevée l’année précédant son arrivée dans les salles ou celle estampillée X-Men conclue en 2006 avec L’Affrontement final. La trilogie Blade, dédiée au chasseur de vampires moins populaire chez les néophytes que les autres personnages cités précédemment, avait déjà ouvert la voie aux épopées super-héroïques étendues sur plusieurs années à la fin des années 90 et au début des années 2000.

Surpris de voir Edward Norton incarner le Titan Vert en 2008, le public le fut encore davantage en découvrant un nouvel acteur sous les traits du docteur Bruce Banner pour le film Avengers de 2012 réunissant les plus grands héros de la Terre… Du point de vue de la Maison des Idées, évidemment. En effet, le rôle est désormais campé par Mark Ruffalo dans les films de l’univers Marvel, cinq à ce jour si l’on exclut ses caméos non-crédités dans Iron Man 3 et dans Captain Marvel. Le personnage de Bruce Banner n’a cessé de prendre de l’importance dans l’univers partagé et d’évoluer au fil des films, notamment par le biais d’un arc narratif filé sur sa relation avec Hulk et sa maîtrise de ses pouvoirs.

Encore de nos jours, alors que des héros emblématiques de l’écurie Marvel Studios ont disparu, à l’instar de Tony Stark ou de Black Widow, ou ont entamé une passation de leur identité secrète comme Steve Rogers, l’ex-Captain America, Hulk continue d’occuper une place de choix dans les films et séries à venir comme le suggère son apparition dans la future série She-Hulk, consacrée à Jennifer Walters, la cousine de Banner.

Bien que l’acteur apparu dans Dark Waters ou Zodiac soit désormais admis comme étant l’avatar cinématographique de Hulk et que ce dernier soit perçu comme l’un des piliers des Vengeurs du MCU, il n’a toujours pas eu droit à un film solo produit par Marvel Studios. Si l’idée existe indubitablement dans l’esprit de Kevin Feige et qu’elle a sans nul doute été évoqué au sein du studio, le caractère hypothétique voire miragineux de sa concrétisation tient aux modalités d’utilisations du personnage par Marvel Studios. Une collaboration entre Disney, qui a assimilé la société dirigée par Kevin Feige, à son empire tentaculaire du divertissement peu après la sortie de L’Incroyable Hulk, et Universal, qui possède toujours une partie des droits de distribution du personnage, doit être légalement mise en place pour le moindre projet exclusivement axé sur lui. Compte tenu des nombreux problèmes survenus durant le tournage de L’Incroyable Hulk, évoqués dans l’ouvrage Dans les coulisses du Marvel Cinematic Universe de Jean-Christophe Detrain, Marvel Studios ne réitèrera pas l’expérience même 12 ans après. Néanmoins, puisque Universal n’a aucun droit de regard sur ce que Marvel fait du personnage dans les autres films de son univers partagé, les équipes de Kevin Feige ne se sont pas privés d’exploiter le potentiel du personnage et de le caractériser de manière détournée.

Sans prendre en compte Hulk lui-même, l’impact de L’Incroyable Hulk sur l’univers Marvel reste fortement minimisé et ne se matérialise que par la présence succincte d’un autre personnage : le général Thaddeus Ross, interprété par William Hurt. Ce dernier apparaîtra brièvement dans deux autres films du MCU, réalisés par les frères Anthony et Joe Russo : Captain America : Civil War de 2016 et Avengers : Infinity War sorti en 2018. Il est à noter que ces deux films invoquaient, toutes proportions gardées, tous deux l’entièreté du Marvel Cinematic Universe et mettaient en lumière son gigantisme obtenu et élargi au fil des années.

Cette mise en perspective aux côtés des autres licences constitutives du MCU permet de mesurer l’influence grandement réduite du film de Leterrier sur le reste de l’univers cinématographique. Le reste des personnages utilisés dans L’Incroyable Hulk, tels que Betty Ross, la fille du général incarnée par Liv Tyler, ou l’Abomination jouée par Tim Roth, ne seront même pas cités par la suite et les intrigues laissées en suspens à la fin du film, censées avoir des répercussions sur la suite de l’univers, resteront purement et simplement dans un état léthargique, sans conclusion ni réutilisation quelconque. En comparaison, la quasi-totalité des événements survenus lors des films solos des autres personnages de l’univers ont impacté le MCU ou sont, a minima, cités de manière plus ou moins prononcée plus tard, même s’il ne s’agit parfois que de clins d’œil réservés aux fans les plus attentifs de l’univers, afin de créer une connivence entre eux et la saga cinématographique qu’ils suivent depuis plus d’une décennie maintenant.

Le cas de Hulk peut faire penser à celui de Spider-Man avec qui il partage des similitudes. Lui aussi se présente comme un super-héros Marvel dont l’origine a déjà été racontée au cinéma et dont les droits d’exploitation sont partagés avec un autre studio. Le public adule Spider-Man, bien plus populaire que le Titan Vert, il n’était donc pas question pour Marvel Studios de ne pas intégrer l’araignée sympa du quartier à son macrocosme de licences entremêlées. Néanmoins, comme pour Bruce Banner, l’origin story de Peter Parker avait été narrée dans le diptyque The Amazing Spider-Man de Marc Webb, initialement prévu comme une trilogie, entamé cinq ans auparavant par Sony avec le film éponyme sorti en 2012. De plus, l’aura de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi planait encore sur le personnage au cinéma.

La naissance de Spider-Man a donc été montrée par deux fois en moins de dix ans, ce qui complexifia d’autant plus la décision à prendre pour Marvel Studios. Le risque de reproduire leur erreur pour Hulk était moindre vu la popularité de l’Homme-Araignée mais persistait. Pour éviter une redite d’événements collectivement admis comme connus de tous, comme la morsure de l’araignée ou encore la mort de son oncle, Kevin Feige a misé sur la vastitude de son univers partagé pour introduire naturellement Spider-Man à celui-ci. Ainsi, il apparaît pour la première fois dans un film consacré à un autre super-héros, à l’occasion de la grande bataille de l’aéroport à la réception mitigée de Captain America : Civil War, de même que Black Panther.

Pour éviter tout risque de confusion néfaste à la réception du film Spider-Man à venir, Marvel Studios change d’acteur pour incarner le personnage mais aussi et surtout le cadre dans lequel il évolue ainsi que son âge. Plus jeune par rapport aux précédents interprètes de Peter Parker, lui et tous les personnages gravitant autour de lui sont métamorphosés, rajeunis et inspirés, pour certains, de l’entourage de Miles Morales, le Spider-Man de l’univers Ultimate. Ned Leeds, le meilleur ami de Peter joué par Jacob Batalon dans le MCU, incarne le mieux ce remodelage narratif puisqu’il renvoie davantage à Ganke Lee, le meilleur ami de Miles, dans sa personnalité et son apparence physique qu’au Ned Leeds originel. De cette manière, le public averti, qui connaît le personnage comprend qu’il a subi des modifications assez conséquentes pour ne pas être qu’un ersatz de ses précédentes incarnations. 

Grâce à cette émancipation vis-à-vis des autres sagas cinématographiques autour de Spider-Man, Marvel Studios peut alors enchaîner les films sur la vie de Peter Parker et capitaliser sur la popularité du personnage sans risques d’incompréhension de la part des spectateurs, même des plus néophytes. L’intrigue de Spider-Man Homecoming se démarque donc de ses prédécesseurs en n’abordant pas frontalement les origines du jeune héros au profit des difficultés à concilier sa vie adolescente et sa nouvelle identité héroïque. Même en termes d’ambiance, le film de Jon Watts marque une cassure nette avec les réalisations de Marc Webb et Sam Raimi par sa légèreté prononcée à de nombreux moments, n’empiétant pas pour autant sur les situations plus dramatiques. Les films Spider-Man du MCU entrent en cohésion avec le reste des films de celui-ci, tout en se distinguant clairement des autres productions liées à l’univers du Tisseur mises en chantier par Sony, la société détentrice des droits d’exploitation du personnage.

Contrairement à Universal avec Hulk, Sony dispose d’une relative mainmise sur le héros extrêmement populaire de la Maison des Idées qu’elle prête à Marvel Studios. Les deux studios coproduisent ensemble les nouvelles aventures du Tisseur, preuve du partenariat étroit qui les lient intimement. Néanmoins, on peut supposer que Disney préfèrerait s’accaparer les droits du héros pour profiter exclusivement des recettes générées par ce dernier. Toutefois, le nouveau contrat entre les deux entités a permis à Marvel Studios de toucher un pourcentage plus conséquent sur les bénéfices engendrés par les deux futurs films Spider-Man. Après ceux-ci, le deal sera vraisemblablement achevé et l’avenir du Spider-Man joué par Tom Holland s’orientera peut-être vers l’univers partagé consacré à ses antagonistes, développé exclusivement par Sony, indépendamment du Marvel Cinematic Universe.

Marvel a donc appris de ses erreurs, aux dépends de la possibilité de voir une aventure uniquement menée par Hulk néanmoins, et a compris comment introduire de nouveaux héros à son univers partagé tout en les différenciant radicalement d’éventuelles précédentes adaptations cinématographiques. Ainsi, néophytes comme connaisseurs peuvent apprécier les films de la firme, y découvrir des propositions singulières se détachant des autres médiums, des autres récits dépeints sur ces héros, pour le meilleur comme pour le pire.

Avec le rachat de la Fox par Disney et, par extension, des droits fraîchement acquis relatifs des personnages Marvel de la compagnie tels que les X-Men, les mutants Marvel en général, ou les Quatre Fantastiques, il y a fort à parier que Marvel Studios confirmera ce constat dans quelques années si la société redouble d’imagination et d’audace. Pour autant, il ne sera pas aisé d’intégrer au MCU ces personnages sans repenser aux nombreux films déjà existants sur ces équipes : trois films sur les Fantastic Four depuis 2005 et pas moins de treize films consacrés aux X-Men ou à un de leurs membres depuis 2000, ainsi que deux séries télévisées dérivées de l’univers des mutants. Étant des personnages populaires, les attentes vis-à-vis aux nouvelles versions de ces groupes de héros sont terriblement élevées et constitueront un challenge de taille aux équipes de Kevin Feige pour que le public oublie certains acteurs dont l’incarnation a profondément marqué des personnages charismatiques tels que Wolverine avec Hugh Jackman.

L’Incroyable Hulk constitue une proposition mitigée pour le lancement de Marvel Studios, surtout à côté de son aîné au succès phénoménal Iron Man. Davantage axé sur la psychologie d’un super-héros en souffrance, ressentant une aversion autant qu’une fascination pour ses pouvoirs, le film de Louis Leterrier tente d’y faire cohabiter une spectacularité pas forcément appropriée. L’alchimie n’opère pas aussi naturellement qu’avec le playboy philanthrope ou avec le lycéen aspirant héros et dessert l’envie initiale du tandem réalisateur/acteur principal. Le studio aurait dû faire fi des adaptations précédentes et poser les bases de son personnage tout en exploitant la noirceur instillée par Leterrier et Norton plutôt que l’amoindrir pour proposer davantage d’action. Avec cette gestion hypothétiquement plus maîtrisée, on peut fabuler sur l’impact de L’Incroyable Hulk dans le MCU. Aurait-on vu des films uniquement dédiés au Colosse de Jade, découlant d’une collaboration plus harmonieuse entre Marvel Studios et Universal ? Peut-être qu’une confrontation avec Red Hulk, l’alter ego du général Thunderbolt Ross, aurait pu voir le jour ? Ces questions, et beaucoup d’autres, s’évanouissent au profit de la réalité tendant vers un effacement quasi-total du film de 2008 de la mémoire collective du Marvel Cinematic Universe, douze ans après sa sortie.

C’est ainsi que se termine cet article particulier, que nous trouvons très enrichissant (bravo Shodayuk !). Nous espérons une nouvelle fois qu’il vous aura plu ! Le format Wade’s Post oscillera désormais entre ces deux facettes, de billet d’humeur et d’essais plus approfondis. Sur ce, nous vous retrouvons très vite pour de nouveaux articles !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.