[Review] Jormungand tomes 1 & 2

[Review] Jormungand tomes 1 & 2

Les mangas traitent généralement d’époques passées pleines d’armes blanches, de mondes fantasmagoriques peuplés de ninjas, de pirates ou d’êtres surpuissants extraterrestres voire, plus récemment, de super-héros. Cette diversité fait plaisir à voir ! Pourtant, les aficionados des armes à feu s’en voient exclus… Omniprésentes dans la culture populaire depuis belle lurette, aussi bien dans les films et les séries que dans les comics, elles ne sont pas légion dans ce type de littérature. Heureusement pour eux, Jormungand, qui a déboulé en France en 2019 au sein du catalogue de Meian Éditions, se déroule dans l’univers “merveilleux” des trafiquants d’armes !

Le manga faisant référence à la mythologie nordique pour une raison qui m’échappe par son titre suit Jonah, un enfant-soldat vouant une aversion totale pour les armes à feu depuis la mort de ses parents, enrôlé dans la milice privée de Koko Hekmatyar, une marchande d’armes fille du leader mondial du transport maritime. Ce duo improbable apprendra à se connaître au milieu d’opérations tumultueuses durant lesquelles l’enfant devra garantir la sécurité de son employeuse à tout prix. Dans les moments plus paisibles, des échanges approximativement philosophiques sur Jonah et son rapport ambigu aux armes auront lieu avant d’être heureusement abandonnés.

Impressionnant pour sa maîtrise paradoxale des instruments de combat, Jonah côtoiera cette étrange trafiquante d’armes ainsi que ses équipiers, tous recrutés pour assurer le même objectif de protéger Koko.

L’originalité du manga de Keitarô Takahashi réside dans son postulat de base qui s’éloigne franchement des lieux communs du genre. La présence d’armes à feu constitue une première singularité du titre, rejointe par plusieurs autres : la délocalisation de l’action loin du Japon pour l’Europe de l’Est ou les Émirats arabes unis et le fait que la plupart des personnages ne semblent pas être asiatiques. Toutefois, Jormungand épouse aussi un tas de poncifs au sujet de la caractérisation de ses protagonistes inhérents aux mangas sans soucis ! Le caractère autoritaire et puéril de la riche héritière Koko en est l’exemple le plus flagrant.

La plupart des autres personnages s’alignent aussi sur des clichés connus de tous : Jonah, l’enfant-soldat supposé impassible ; Lehm, le soldat aguerri ; Valmet, la combattante aux couteaux borgne amoureuse de Koko, ou encore Tojo, son frère aîné expert en informatique. Si le mangaka semble se reposer sur des acquis scénaristiques pour singulariser ces quelques personnages, il commet également le tort d’en introduire un tas d’autres dès le premier chapitre sans jamais prendre le temps de les développer. Néanmoins, l’auteur doit lui-même avoir conscience de ne pas avoir efficacement exploité ses personnages puisque la plupart ne disposent d’aucune description au début du second tome.

De manière générale, les antagonistes subissent le même traitement superficiel que les héros. Ils se succèdent à chaque arc narratif, voire à chaque chapitre, sans pour autant se ressembler. Néanmoins, aucun n’est réellement marquant à l’exception relative de Chinatsu. La brigade de Koko semble alors invincible et la menace qui pèse sur elle devient trop abstraite pour vraiment fonctionner.

Le tome 1 plonge directement le lecteur dans l’action, tellement brusquement qu’il ne prend pas le temps d’exposer les bases de son intrigue. Le lecteur ne connaît alors que très peu les motivations qui poussent l’équipe de Koko à agir de la sorte. A le lecture des deux premiers tomes, l’escouade s’impose comme une entité indissociable composée de membres sans identité réelle agglomérés autour de la figure de leur leader, Koko. Elle et son nouveau compagnon d’armes Jonah ainsi que la fratrie Tojo constituent les rares exceptions qui parviennent à s’extirper de l’impersonnalité du groupe dans le premier tome. D’autres personnages comme Lehm, R ou Wilee, à des degrés plus ou moins significatifs, se démarquent par la suite. Malgré ce constat, des membres de l’escouade restent complètement quelconques et même invisibles.

En dépit de ce manque de caractérisation, ces premières aventures démontrent d’emblée la cohésion infaillible et l’efficacité redoutable de la milice. Qu’il s’agisse de course-poursuites ou de négociations qui tournent mal, chaque péripétie permet d’assister à des moments épiques durant lesquels une impression saisissante de mouvement et de dynamisme se déploie.

L’action se ressent dans chacun des nombreux affrontements des deux tomes, toujours avec une véritable sensation de puissance à chaque fois qu’un coup de feu est tiré ou qu’une attaque est assénée. Les fusillades s’enchaînent à un rythme si soutenu que la visibilité en pâtit par moments, surtout lors d’explosions. Ce manque de clarté s’explique par un découpage insuffisamment appuyé pendant ces batailles frénétiques.

L’apparition du personnage tenace et colérique de Scarecrow aux trousses de Koko à la fin du tome 2 pourrait contredire mon ressenti s’il est bien maîtrisé tant il contient de potentiel. Il reste maintenant à espérer qu’il ne finisse pas comme les autres opposants de l’impétueuse princesse des armes.

De même, le retournement de situation survenant à l’aube du dernier arc narratif introduit dans le deuxième tome a le mérite de radicalement surprendre le lecteur en plus de le happer assurément.

Avec toutes ces belles promesses, le tome 3 représente à mes yeux un tome pivot pour la poursuite ou non de la lecture de Jormungand. Après deux tomes focalisés sur l’action plus que sur l’approfondissement des personnages, il est nécessaire que le volume suivant prenne le temps de relâcher la pression. Le mangaka peut clairement se détacher des défauts précédemment cités et rendre le périple de Koko véritablement prenant par la suite grâce à une profondeur tangible apportée aux protagonistes. A contrario, l’éventualité qu’il se complaise dans ses erreurs en risquant de déjà faire tourner son récit en rond persiste également.

Les deux premiers tomes de Jormungand ne perdent pas de temps à l’instar de la trame qu’ils développent. Les qualités et les défauts du titre explosent aux yeux du lecteur, qui saura en faire ou non abstraction pour poursuivre la découverte des aventures de Koko Hekmatyar. La singularité du postulat de base du manga se voit entachée par le manque de profondeur des trop nombreux personnages introduits. Les péripéties se déroulent les unes après les autres avec un rythme si effréné que les méchants rendus interchangeables ne marquent pas. Toutefois, l’action ne manque pas et sa retranscription tonitruante apporte un côté spectaculaire au manga cohérent avec son propos. A défaut d’être novateur au sujet de ses protagonistes, Keitarô Takahashi façonne son intrigue de manière à privilégier les situations qu’ils vivent, en les faisant voyager dans plusieurs pays et en les opposant à divers personnages.

C’est ainsi que s’achève ma critique des deux premiers tomes de Jormungand ! Avant de vous quitter, je tenais à remercier Meian Éditions pour nous avoir envoyé lesdits tomes et ainsi m’avoir permis de découvrir cette œuvre pour que je puisse vous donner mon avis sur celle-ci !

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